• Une question d'équilibre

    Une question d'équilibre

                    Depuis que j’ai écrit mon compte-rendu sur le triathlon de l’Alpe d’Huez, et bien... je n’arrête pas de le relire. Je me re-farcis les 17 pages Word à peu prêt tous les deux jours. Je le connais tellement bien que je suis certain de pouvoir le ré-écrire mot pour mot sans modèle. C’est quand même dingue ! Je suis sensé l’avoir écrit, ce machin, je devrais savoir ce que j’ai mis dedans, non ? Mais bon... Même si j’en suis à ma énième lecture, je vais encore le relire. Quelques fois. Parce que j’ai beau connaitre les mots par coeur, les idées, elles, ne me conviennent pas. Ou plutôt, il y a quelque chose qui ne va pas dans l’article...

     

                   Pour résumer, je disais dans mon compte-rendu que, de Mars à Juillet, j’avais pratiqué un sport presque purement de « loisir » comme on l’appelle quand on voit des mémés faire de la brasse dans une ligne d’eau blindée le mardi midi à Foch. Blague à part, de Mars à Juillet j’ai pratiqué mon sport selon ces trois notions : Envie, promenade, silence. Presque six mois à travailler ça tous les jours, à chaque seconde de chaque entrainement. J’étais tellement imprégné de cet état d’esprit que je ne pensais plus jamais en sortir. Je suis donc arrivé au tri de l’Alpe en pensant que j’allais faire une bonne balade dans la montagne. Sauf que pendant les six heures de course, l’état d’esprit dans lequel j’ai été a respecté ces trois notions, très légèrement éloignées de celles citées plus haut : Pression, affrontement, encouragements... Ce qui fait que je me suis vautré en beauté ! La performance est super, 5ème avec un 1er temps vélo (2ème temps si on classe les drafters-boys). Mais le vécu était nul : six heures à me donner au max dans l’énervement et le mécontentement. C’était long. Et c’était pas drôle. En rédigeant mon compte-rendu, j’ai pris conscience que le problème était que j’avais omis la moitié de ce que j’aime dans le sport : la compétition. Faire une balade sur une course où on est attendu comme favoris, c’est pas possible. Ou du moins, je n’en suis pas capable. Et je ne veux pas en être capable, d’ailleurs. Faire la course et faire une promenade, c’est deux choses différentes... A l’Alpe d’Huez, je me suis auto-privé de faire la course alors que pourtant j’ai toujours aimé ça ! L’analyse se finit en disant que j’ai retrouvé ce que j’aimais dans la compétition et par conséquent la joie de faire la course sainement et que j’ai hâte aux prochaines compétitions.

                   Sauf que ça ne me plait pas... Quand j’y repense, quelque chose cloche. Et quand quelque chose cloche, cela ne peut vouloir dire qu’une seule chose : il y a contradiction.

                   Fichtre. Moi qui pensais avoir rédigé un compte-rendu qui tient la route ! Que nenni ! Mais alors, qu’est-ce qui est contradictoire ?... Bon, en réalité je le sais très bien. Même pendant l’écriture de mon compte-rendu je le savais déjà : faire la course et se promener, c’est contradictoire. Au sein d’une course, certes c’est très difficle, mais là je parle de façon plus générale. Peut-on à la fois aimer pratiquer le sport sous forme compétitive et sous forme « libre » ?

                   D’un côté, faire une course avec mille bonhommes au départ, avec de la musique, des speakers, des photographes et des caméramans, des spectateurs, alors que l’épreuve est chronométrée et qu’il y a un classement entre les triathlètes à la fin. Recevoir une récompense et voir sa photo dans des magazines si on a fait une bonne place.

                   Mouais.

                   De l’autre côté, faire du sport à toute heure de la journée, dans les Monts d’Arrée, sans se soucier de l’allure ni de la distance, tout seul (ou avec Ludo), dans le silence, sans personne d’autre que soit pour juger de la réussite de l’entrainement, à savoir : est-ce que j’ai apprécié le paysage et mon effort ?

                   Mouais.

                   A première vue, ça parait contradictoire d’aimer faire ces deux choses. A deuxième vue, ça parait également contradictoire. Peut-être est-ce là le signe d’une contradiction... Voilà ce qu’il en est : Faire la course et se promener, c’est contradictoire. Je l’ai déjà dit. Sauf qu’il y a un point qui gêne tout le raisonnement : j’aime autant l’un et l’autre.

                   Re-Fichtre ! Serais-je contradictoire ? Est-ce que je suis dans une phase intermédiaire où je ne sais pas choisir ? Est-ce que je dois faire un choix et abandonner l’une ou l’autre des façons de pratiquer le sport ? Est-ce que j’ai tort ? Mais alors sur quel point ? Le sport doit-il être pratiqué purement pour le plaisir ou purement pour la compétition ? Suis-je moi-même inscrit dans l’un ou dans l’autre sans le savoir encore ? Vais-je regretter l’un ou l’autre si je le quitte ?

                   Contradiction, contradiction... Diable ! Que faire ?!!

    Pfiou...

    Allez, essayons une petite réflexion plus pratique :

                   J’aime me balader. Donc je vais continuer de me balader.

                   J’aime faire la course. Donc je vais continuer de faire la course.

                   AAAARG !! Ca ne m’aide pas du tout !!... Où est-elle cette contradiction ?! En quoi réside-t-elle ?! Je ne vois pas ?!! Je ne ressens aucune contradiction !!

                   Ah oui mais attends... C’est vrai que je ne ressens pas de contradiction... Si je fais l’un... Et que je fais l’autre... Peu importe le moment et la proportion de chacun... Et ben ? Qu’est-ce qui m’en empêche ? Si je fais les deux... C’est qu’il y a un équilibre entre les deux ! Mais oui, voilà :

                   C’est une question d’équilibre... Non, il n’y a pas de contradiction. En réalité, il n’y a eu aucun problème de Mars à Juillet. J’ai bien fait de pratiquer le sport à l’envie. Là où ça a planté, c’est le matin du triathlon de l’Alpe d’Huez. Avant le départ, j’aurais dû me dire : « Chouette ! Place à la course ! », au lieu de : « Le sport à l’envie s’oppose au sport de compétition donc : pas de sport de compétition pour toi aujourd’hui ».

                   Je n’avais pas réalisé que j’aimais autant l’un que l’autre. Mais surtout, je n’avais pas réalisé que les deux sont faisables ! Je peux très bien me lever, un jour, et avoir envie de partir tout seul dans la montagne ! Le lendemain, je peux très bien me réveiller en ayant envie de courir un 5000m à fond ! Pourquoi devrais-je être enfermé dans une façon de faire ou dans une autre ?

                   La vraie conclusion de l’épisode de l’Alpe d’Huez, et probablement de ma saison de triathlon (même si elle n’est pas finie), c’est peut-être qu’il faut que j’apprenne à trouver mon équilibre entre les balades et la compétition... Mais... Au fond... Je ne crois pas que ce soit difficile, de trouver mon équilibre... Non... Je n’ai qu’à m’écouter, qu’à continuer de faire à l’envie !

                   Un équilibre, d’accord. Mais alors ça soulève une autre question : Qu’est-ce qui est Breizh Andur là-dedans ? Est-ce que les balades sont Breizh Andur et pas les compétitions ? Ou inversement ?

                   Bof... Encore une fois, pourquoi choisir ?.. Breizh Andur, c’est un état d’esprit plus général... Breizh Andur, c’est la volonté de faire du sport comme n’importe quel autre loisir, loin de toute obligation de rendement, loin de toute envie de reconnaissance, de récompense, de mérite. Breizh Andur, c’est la volonté de faire du sport pour retrouver des gens, pour visiter des lieux, pour vivre des belles choses, ou des choses fortes. Quand on se balade à 2500m d’altitude dans Pyrénées, c’est quelque chose de fort. De même que de passer en tête sur le tri de l’Alpe, c’est aussi quelque chose de fort. Les deux vécus sont aussi plaisants l’un que l’autre. Alors, au fond, est-ce que la différence entre une balade et une course est si importante que ça ? Oui, en pratique il y a une différence, évidemment... Mais...

    Est-ce qu’on ne peut pas faire les deux de la même façon ? Bien sûr, on ne commence pas une compétition et une balade avec les mêmes motivations... Mais je persiste : Est-ce qu’on ne peut pas faire les deux exactement de la même façon ? En étant joyeux ? En étant enthousiaste ? En ayant le sourire ? Est-ce qu’on ne peut pas aborder les deux en se disant que ce qui compte c’est de passer un bon moment ? De voir le bon côté de ce qui arrive ? De pratiquer à l’envie du début à la fin ?

    L’intérêt du sport de compétition, c’est qu’il multiplie par deux les possibilités. Et une multiplication par deux dans un sport très large comme le triathlon, ça fait un sacré bon paquet de possibilités ! Personnellement, je n’ai pas envie de me priver d’une seule de ces possibilités. Bien au contraire, j’ai hâte de toutes les tester ! Mais... Je ne m’oblige à rien. Si mon équilibre se fait avec 2 courses dans l’année pour 200 balades, parfait ! A l’inverse, si mon équilibre se fait en courant en compétition deux fois par week-end, parfait aussi ! Pour l’instant, j’ai envie de faire une course tous les Dimanche. Le reste du temps, je préfère me balader. Peut-être que ça changera, peut-être que ça ne changera pas... Je n’en sais rien... Et même, je n’ai pas envie de le savoir ! En réalité, j’espère sincèrement que je vais passer ma vie à me contredire et à changer de pratique !!

    Allez, je vous laisse, je vais me balader !

    Enfin non, attends... Je vais plutôt faire un chrono !

    En même temps, j’ai un nouveau chemin à tester...

    Oui mais c’est vrai que j’ai des jambes aujourd’hui, ça serait dommage de pas en profiter !

    Ouais, Quoique...

     

    Bon allez, je vais faire les deux !

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  • Commentaires

    1
    Charles-Yves
    Lundi 24 Août 2015 à 10:18

    Bonjour Colin,

    je t'avais laissé une réponse sur un de tes articles précédent (ou il était question de la place du sport en fac de sport). Mon commentaire portait sur la différence à faire entre pratique dite sportive et la pratique d'une activité physique. En te lisant ici, j'ai eu un peu peur au départ quand tu soulignais les contradictions qu'il pouvait y avoir entre ces deux formes de pratique. La fin de ton article m'a rassuré. En effet, il n'y a aucune contradiction (ou gêne) à avoir. Tout est une question de prise de conscience de ce que l'on fait et des limites de chaque forme. Il n'y a pas à se culpabiliser à faire de la compet...et on peut parfaitement y trouver du plaisir qui sera différent de celui que tu as en ballade (avec Ludo...smile) mais pour autant pas moins légitime. Par contre, il faut bien en mesurer les limites et ne pas franchir la "ligne jaune" des règles de cette compét. Evident à dire mais parfois loin de l'être dans la pratique de quelques uns. 

    Finalement, tu es un "sportif" ce qui ne change en rien à ta philosophie et à ton esprit Breizh Andur...Je pense que ta réflexion qui murit, va te libérer et te permettre de t'éclater encore plus en loisir ou en compet. Tout est une question d'équilibre lucide comme tu le dis en conclusion

    Bravo encore pour ta perf à l'Alpe et au Mont Blanc. Cela fait plaisir à voir...

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