• "Tous les sacrifices"

    Article n°117 du sport : "Tous les sacrifices"

    Cette loi a pour objectif de renforcer le fait que le sportif est une personne objectivement au dessus de la norme sociale. L'application de cette loi tend à justifier les conduites des sportifs au jour le jour. Elle peut en outre les aider à résister aux pressions des non-sportifs en cas de commentaires attaquants directement leur classe (Toute phrase commençant par "Vous les sportifs...").

    Article n°117 du sport : "Tous les sacrifices"

    Cette loi a pour objectif de renforcer le fait que le sportif est une personne objectivement au dessus de la norme sociale. L'application de cette loi tend à justifier les conduites des sportifs au jour le jour. Elle peut en outre les aider à résister aux pressions des non-sportifs en cas de commentaires attaquants directement leur classe (Toute phrase commençant par "Vous les sportifs...").

     

    "Conformément à loi en vigueur, tout sportif devra régulièrement dire qu'il fait des sacrifices, et ce, à plusieurs échelles. Premièrement, aller à un entrainement difficile, peu importe les conditions, sera un sacrifice. Car en effet, avoir la volonté de travailler dur pour atteindre ses désirs sportifs nécessite de laisser certaines choses de côté qui tiennent à coeur. Ensuite, tout écart aux normes de sommeil, d'alimentation, ou de boisson, sera considéré comme mérité au regard des sacrifices. Voici la liste non-exhaustive des situations agréées :

              -Nuit blanche : "Je peux bien, avec tous les sacrifices que je fais."

              -Repas au McDo : "J'ai bien le droit, avec tous les sacrifices que je fais."

              -Soirée fortement alcoolisée : "J'ai besoin de ça, je fais tellement de sacrifices."

    Notons que cette mesure s'étend à tout autre avantage obtenu en relation à un stage ou une compétition : Hôtel plus cher, repos, soleil et ciel bleu (nb : on justifiera, là encore, par le mérite dû aux sacrifices).

    Enfin, une saison sportive comprenant entrainements et compétitions sera donnée comme étant difficile au vu du nombre de sacrifices effectués dans l'année. En conséquence, les semaines de coupure (entre 2 et 5) seront justifiées par les sacrifices (ex : "Avec tous les sacrifices, j'ai mérité ma coupure.")."

    ______________________

               Les sacrifices... Quand j'entends un sportif parler de sacrifices, ça me rend... Ah ! Je ne trouve pas l'adjectif ! Ca me rend... j'arrive pas à définir... Fier ? Ouais c'est peut-être ça, "fier". Parce que oui, je suis quelqu'un qui se donne les moyens de réussir ce qu'il entreprend. Je suis quelqu'un qui sait ce que c'est que de sortir tous les jours pour aller s'entrainer. Je sais ce que représente mes performances quand je passe une ligne d'arrivée. Ca me rend fier, parce que ça me rappelle que je suis un bon sportif, capable de faire abstraction de ses envies pour préparer une compétition.

               Ouais, ça me rend fier. Enfin, non. C'est pas exactement ça. Mince, j'ai reperdu mon adjectif... Ca me rend.... Zut ! Hum... Ouais... "Confiant", ça me rend confiant plutôt. Car je sais très bien qu'on ne peut pas prétendre faire du sport sérieusement si on ne fait pas quelques sacrifices. Car je sais qu'on ne peut pas tout faire dans la vie. Il faut choisir. Le sport, et en particulier le triathlon, c'est difficile. Y'a 3 sports, 3 fois plus d'entrainement, 3 fois moins de temps pour le reste...

               Ouais, ça me rend confiant. Enfin... je sais pas trop en fait. Non, c'est pas "confiant". C'est plus... Attends... C'est plus : "perplexe" je crois... Oui, ça me rend perplexe. Pourquoi les choix de la vie seraient contraignants ? Et qu'est-ce qu'on entend par "sacrifice" en fait ? Est-ce que c'est le bon terme ? Je sais plus... On devrait se sacrifier pour faire du sport ? C'est pas si joyeux que ça le sport... Si on va s'entrainer, c'est à la place d'autre chose, forcément. Mais alors on perd notre temps à faire du sport ? On a tort d'en faire autant ? Non, il faut se battre. Y'a que les vrais sportifs qui sont assez courageux pour persévérer, malgré les sacrifices. Oui, mais si j'ai pas trop envie de faire des sacrifices ? Je ne suis pas un vrai sportif ? Je ne suis pas fait pour faire du sport alors ? Je... Ah ça y est ! Je crois que je sais maintenant ! Oui, cette histoire de sacrifices, ça me rend... Oui ! Je crois que c'est ça :

               Ca me rend triste. Ca me rend profondément triste pour mon sport. Car si faire du triathlon, c'est faire des sacrifices, alors je préfère arrêter de faire du triathlon. Car si pour être performant, il n'y a pas d'autres choix que de faire des sacrifices, alors je ne veux pas être performant. On nous dit de faire du sport pour s'épanouir, pour son propre bien-être, pour sa santé. Et tout ça, ça ne serait possible qu'en faisant des sacrifices ? Comme si il existait une règle d'équilibre : un mal pour un bien ? Tu veux être en bonne santé ? Ah bah tu vas devoir souffrir mon gars ! Tu veux faire des bonnes places en course ? Ah bah tu vas devoir faire des sacrifices tous les jours ! Les sacrifices... Ca ne me rend pas triste, en fait. Non, ce n'est pas exactement... Voilà. Je sais. C'est ça :

               Un sportif qui parle de sacrifices, ça m'accable de chagrin. Parce que je me dis qu'il doit souffrir. Un sacrifice. Comme la dame qui lave des toilettes 9 heures par jour pour payer des cours de piano à sa fille. Comme cette même dame qui passe 1 heure chaque soir sur les problèmes de maths de son fils qu'elle-même ne comprend pas. Comme cette même dame qui met des lessives en route à minuit pour que son dernier fils puisse jouer au foot avec des affaires propres demain. Comme cette même dame qui n'a plus de vie pour que d'autres en aient une. Je comprends maintenant. Je comprends à quel point le sportif qui dit : "Je fais des sacrifices" est à plaindre. Car pour lui, sortir tous les jours faire une activité qui le rend plus fort, plus beau et en meilleure santé est un sacrifice. Car pour lui, s'entrainer chaque jour avec des amis est un sacrifice. Car pour lui, aller nager dans la mer, aller rouler sous le soleil, aller courir dans des chemins, c'est un sacrifice. Je viens de réaliser que le sportif disant : "Je fais des sacrifices" est profondément malheureux. Et je viens de réaliser que personne ne l'aide, pas même moi.

               Alors je n'espère qu'une seule chose. Et je m'adresse à ceux qui liront cet article. J'espère que le jour où vous m'entendrez dire : "Avec tous les sacrifices que je fais", vous me direz d'arrêter le sport immédiatement. Je vous remercierai du fond du coeur.

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