• Questions de reprise

    S2E2- Comprendre le triathlète : L'hiver

                    En ce tout début de saison sportive, l’Agence de Statistiques du Triathlon Français (ASTF) vient de publier les 4 questions les plus posées entre triathlètes lors de la première course de l'année :

                    4 : Bon, t’as pu rouler cet hiver, toi ? (8 305 fois)

                    3 : Alors, remis de ta blessure ? (8 891 fois)

                    2 : Ah ouais ? (65 726 fois)

                    1 : C’est quoi tes objectifs ? (184 339 fois)

     

     

                    Bon, pour ma part je n'ai pas été trop surpris par ces chiffres... Néanmoins, je pense qu'il est nécessaire de détailler un peu ces résultats :

     

     Numéro 4 : "Bon, t’as pu rouler cet hiver, toi ?"

     

    S2E1- Comprendre le triathlète : L'hiver

    Illustration d'une situation type L'hiver en Bretagne, au moment d'aller rouler.

     

                     Nous sommes ici face à une question plutôt banale. Non pas banale sur le côté amical et routinier de la question (Je ne sais pas quoi lui dire, alors je lui demande s'il a pu rouler), mais bien sur le côté... "comparatif" présent dans presque toutes les conversations triathlétiques.                  Expliquons-nous : "Bon" démarre l'investigation. Il pose un climat intime entre les deux personnes... Pour la suite, 2 possibilités se présentent :

                     1ère possibilité : Soit le triathlète posant la question (appelons-le P1) veut réellement savoir si le sujet en face de lui (appelons-le S0) a roulé cet hiver (48% des cas). Le but sera ici de contrôler la progression de S0, de manifester, en apparence, un intérêt pour sa préparation, cela pour cacher l'appréhension de voir S0 le battre sur les tri cette saison. Ici, le "toi" se comprend comme "contrairement à moi qui n'ai rien pu faire du tout avec ma famille et mon boulot". A noter que la dernière citation entre guillemets est généralement totalement fausse, mais permet de se sauvegarder devant S0 dans le cas où S0 aurait pu rouler, lui. Dernière précision, la question est généralement posée en écarquillant les yeux et en ouvrant la bouche l'air béat, signifiant "Ohlala, vu le temps pourri qu'on a eu cet hiver..." :

                    P1 :  "Bon, t'as pu rouler cet hiver, toi ?"

                     S0 : "Ah ouais, ouais, 600 par mois à peu près et avec quelques intensités dedans !"

                     --> P1 : "Haha ! Tu vas me battre cette année alors !" (Rép "Excuses à l'avance")

                     --> P1 : "Ah super ! J'ai fait pareil, 1000 par mois !" (Rép "Surenchère")

                     --> P1 : "Tu sais les intensités c'est pas top l'hiver.." (Rép "Je lis la rubrique sur                  l'entrainement hivernal dans Vo2, Jogging, Trimag")

                     Il y a bien sûr d'autres réponses possibles. De façon générale, si S0 a progressé, P1 répondra derrière qu'il n'a rien pu faire. Mais si S0 n'a pas progressé, P1 fera mine d'avoir pitié de lui et dira que lui n'a pas arrêté de rouler. Les contre-réponses de P1 dépendent donc intégralement de la réponse de S0.                

                     2ème possibilité : Soit le triathlète posant la question (P2) veut surtout dire à l'autre ce que lui-même a fait cet hiver (52% des cas). Dans ce cas, la conversation dure assez longtemps, et S0 se sent mal à l'aise pendant toute sa durée. Le "toi" symbolise la politesse, afin d'éviter de partir directement dans un monologue sur son propre entrainement hivernal. La question sera posée sans expression particulière, puisque de toute façon P2 ne va pas écouter la réponse de S0 et est déjà en train de préparer son discours :

                   P2 :  "Bon, t'as pu rouler cet hiver, toi ?"

                   S0 : "Ouais pas mal, j'ai es..."

                     --> P2 : "Oui ben moi j'ai été malade en Novembre du coup j'ai coupé 47 semaines, j'avais 52° de fièvre, mais après je me suis remis j'ai commencé très tard les longues sorties mais j'ai quand même battu un segment strava devant chez moi et j'ai pris un coach du coup j'ai borné, borné, mais j'ai quasiment rien fait avec le boulot, cette année tu seras loin devant moi, mais bon j'ai roulé 6 fois par semaine depuis Janvier avec un gars qui est en 1ère caté tu vas voir il va battre tout le monde cette année, mais j'ai réussi à le larguer sur une sortie j'étais facile en plus, j'avais 3 pneus crevés et mon guidon était desserré j'avais un grand plateau de 21 dents mais le cardio à 52 à Z6 donc très bien, enfin bon faudra pas compter sur moi cette année mais je vise sub 7 à Barcelone et...

                La conversation se termine généralement par une esquive de S0 qui prétend devoir aller chercher à l'école les enfants qu'il n'a pas.

     

    Numéro 3 : Alors, tu t’es remis de ta blessure ? (8 891 fois)

     

                     Cette question est un peu semblable à la précédente dans son aspect protocolaire, systématique : Je n'ai pas vu ce triathlète depuis quelques mois : Donc je lui demande s'il s'est remis de sa blessure. Mais là encore, il existe 2 variantes (avec P3 = interrogateur) :

                     1ère possibilité : Soit P3 sait que S0 est blessé (13% des cas), parce que S0 est ce triathlète client de l'année de la sécurité sociale qui informe P3 qu'il est allé voir des spécialistes que P3 ne pensait pas exister (un chiropracticien, un électrothérapeuthe, un diméthylchloridricologue, un tendinochaman, un fasciarégénérateur, un endocrinopodologue, un phytoplanctonhydrocarburologue, etc, etc...). Dans cette situation, P3 va donc lui poser la question par gentillesse :

                     P3 :  "Alors, tu t’es remis de ta blessure ?" 

                     S0 : "Bof, pas trop... J'ai encore mal en courant..."

                     P3 :  "Ah mince !"

     

                     2ème possibilité : Soit le triathlète posant la question (P4) veut jauger S0 (87% des cas). Dans ce cas-là, P4 n'est pas sûr à 15% que S0 ait été blessé cet hiver. Mais comme tous les triathlètes se disent blessés l'hiver, il y a 97.4% de chance que S0 ait été blessé cet hiver. :

                     P4 :  "Alors, tu t’es remis de ta blessure ?" 

                     S0 : "Bof, pas trop... J'ai encore mal en courant..."

                     P4 :  "Ah mince !"


                     "Ah mince !" témoignant ici une fausse compassion de la part de P4, et cache la joie de voir S0 derrière lui sur les tri de la saison.

                     Néanmoins, dans une optique de double-jaugement entre P4 et S0, cela peut permettre à S0 de rebondir sur la surenchère triathlètique (du type : "La galère, normalement je devrai être à l’hôpital, les médecins n'avaient jamais vu ça, ils m'ont dit que j'étais vraiment quelqu'un d'exceptionnel, etc, etc...").

    S2E1- Comprendre le triathlète : L'hiver

    Numéro 2 : Ah ouais ? (65 726 fois)

                      Cette question nécessite quelques explications. Car il s'agit en fait d'une question dite "réactionnelle". Elle suit ce qu'on appelle une Annonce Triathlétique (ou A.T.) provenant de S0, et respecte au moins 2 de ces 3 facteurs :

                     1-L'A.T. est fausse.

                     2-L'A.T. est une excuse pour la saison entière.

                     3-S0 pense se mettre en valeur avec l'A.T.

                      Le nombre important d'itérations de cette question correspond donc directement au nombre d'A.T. faites par les triathlètes : 65 726 entre Novembre et Octobre (pour 35 à 40 000 licenciés en France). Voici quelques exemples d'utilisations d' "Ah ouais ?", considérant P5 en poseur de question, et S0 :

                      S0 : "En même temps c'est que ma deuxième saison de triathlon."

                     P5 :  "Ah ouais ?"

                      S0 : "Ouais mais là j'ai enfin un vrai vélo."

                     P5 :  "Ah ouais ?"

                      S0 : "Non mais c'est bon là je sors de blessure."

                     P5 :  "Ah ouais ?"

                      S0 : "Non mais là je reprends sérieux cette année."

                     P5 :  "Ah ouais ?"

     

                      Une sous-enquête réalisé en annexe par un doctorant en statistiques sportives révèle même que la réponse "Ah ouais ?" de P5 peut que signifier que :

                     -P5 est impressionné (manque d'expérience du monde triathlétique de P5) (7.6% des                  cas)

                     -P5 se paye discrètement la tête de S0 (grand expérience du monde triathlétique de P5)                  (62.1% des cas)

                     -P5 n'en a rien à faire (30.3% des cas)

     

    Numéro 1 : C’est quoi tes objectifs ? (184 339 fois)

     

                      Et nous y voilà. La question des objectifs... Cette fois, nous somme face à 3 possibilités d'intentions de questionnements :

                      1ère possibilité : Le triathlète posant la question (P6) veut savoir ce que va faire S0 pour éviter de faire les mêmes compétitions que S0. Dans ce cas, P6 a le même niveau que S0 mais ne supporte pas que S0 le batte. Ainsi, P6 pourra dire, dans la situation où S0 terminera 36ème d'un tri où P6 n'était pas présent : "Vu le parcours, j'aurais fait dans les 30-32ème à peu près..."

                      2ème possibilité : Le triathlète P6 veut savoir ce que va faire S0 pour faire exactement les mêmes courses que S0. Ici, P6 est objectivement plus fort que S0, mais apprécie inlassablement de battre S0 tout sur chaque triathlon, tout en lui disant après chaque course au ravito d'arrivée : "C'était chaud pour moi j'ai loupé la première bouée, j'ai pas pu nager, après un gros con avait bougé mon vélo dans le parc, à pied un bénévole m'envoie dans sur le mauvais chemin, l'enfer..."

                      3ème possibilité : Le triathlète P6 veut savoir ce que va faire S0 pour alimenter le commérage local. P6 paraitra courtois pendant la conversation avec S0. Il sera ensuite, pendant un temps, nourrit par la joie d'aller le répéter de façon déformée à des triathlètes annexes : "Eh attends, S0 m'a dit qu'il veut faire l'Ironman de XX ! Il va tomber de haut ! Il a dit qu'il voulait faire une perf mais il se rend pas compte ! Là il fait le fier mais tu vas voir !" Bien que lors de l'échange initial entre P6 et S0, S0 avait simplement dit : "J'ai bien envie de faire l'Ironman de XX, le parcours vélo a l'air joli."

     

    Complément d'analyse de la question numéro 1 :

     

                      Une sous-enquête a été menée par l'université de Pornichet concernant les intentions de questionnements liées à : "C'est quoi tes objectifs ?" En effet, l'équipe de recherche a révélé que la question était posée sous deux angles possibles :

                      1-Soit : "C'est" quoi tes objectifs ?" = "Quelle course as-tu envie de faire cette année ?" Ici, les enquêteurs ne se sont pas intéressés au poseur de question, mais au triathlète S0 à qui la question est adressée. Selon cette intentions de questionnement de la part d'un triathlète Px, ils ont donc noté les rapports d'âge et de niveau sportif de S0 :

    "C'est" quoi tes objectifs ?" = "Quelle course as-tu envie de faire cette année ?"
    14-18 ans 18-24 ans 24-30 ans 30-39 ans 40-49 ans 50-59 ans 60-69 ans
    2% 8% 12% 33% 31% 73% 98%

     

    "C'est" quoi tes objectifs ?" = "Quelle course as-tu envie de faire cette année ?"

    (Tableau étalonné sur une course régionale à 250-300 partants)

    1-10ème 11-25ème 26-50ème 50-80ème 81-140ème 141-200ème 201ème et +
    1% 7% 13% 36% 48% 76% 99%

     

                      2-Soit : "C'est" quoi tes objectifs ?" = "Sur quelle course veux-tu faire une grosse performance ?" Même démarche de la part des chercheurs. On note également des variations selon l'âge et le niveau sportif de S0 à qui l'on pose la question :

    "C'est" quoi tes objectifs ?" = "Sur quelle course veux-tu faire une grosse performance ?"
    14-18 ans 18-24 ans 24-30 ans 30-39 ans 40-49 ans 50-59 ans 60-69 ans
    95% 89% 81% 74% 62% 25% 1%

     

    "C'est" quoi tes objectifs ?" = "Sur quelle course veux-tu faire une grosse performance ?"

    (Tableau étalonné sur une course régionale à 250-300 partants)

    1-10ème 11-25ème 26-50ème 50-80ème 81-140ème 141-200ème 201ème et +
    99% 90% 82% 70% 56% 22% 1%

     

                      Cette sous-enquête révèle plusieurs choses. Tout d'abord, il semble que plus S0 est jeune, plus les triathlètes vont lui demander ses objectifs de performance pure. A l'inverse, plus S0 est âgé, plus les triathlètes vont s'intéresser à ses objectifs de plaisir, de découverte. Les chiffres montrent aussi que meilleur sera S0, plus on va lui demander ses objectifs de performance pure. Et inversement, là encore.

                      Ainsi donc, les enquêteurs ont soulevé é plusieurs questions en réaction à ces chiffres :

                      -Pourquoi attend-on d'un jeune triathlète qu'il soit performant ?

                      -Pourquoi attend-on d'un sportif performant qu'il soit performant ?

                      -Pourquoi n'attend-on pas d'un sportif âgé qu'il soit performant ?

                      -Pourquoi n'attend-on pas d'un sportif aux résultats modestes qu'il soit performant ?

     

                      Malheureusement, ni l'enquête principale, ni les sous-enquêtes n'ont pu répondre à ces questions...

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  • Commentaires

    1
    Lundi 4 Avril 2016 à 17:35

    Vous avez quatre heures... Voire plus !!!

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