• No pain... gain.

     

    No pain, no gain - 2ème partie

                   « No pain, no gain » peut être traduit en « Pas de douleur, pas de progression » ou de façon plus explicite : « Si tu ne souffres pas, si tu ne travailles pas dur à l’entrainement, tu ne verras jamais les progressions que tu espères. ». Cette courte phrase est étrangement, autant utilisée par les bons sportifs que par ceux qui rêvent en secret de le devenir...

                   Ici, « No pain, no gain » veut nous inciter au travail, à l’effort, à la persévérance. 4 mots, assez agressifs au premier abord, comme si cette petite phrase voulait nous obliger à faire quelque chose. Mais en réalité, c’est tout l’inverse. Elle nous encourage à nous dépasser pour progresser, et donc pour être épanoui dans le sport. Elle nous véhicule les valeurs vertueuses du travail bien fait, de la récompense, du mérite, du salaire. Comprendre, intégrer et évoluer selon cette phrase permet une des choses les plus nobles : Se prouver à soi-même qu’on est capable d’oeuvrer pour accomplir un objectif. Se prouver à soi-même qu’on peut atteindre quelque chose qui nous faisait rêver. Se prouver à soi-même qu’on est capable d’entreprendre, qu’on est capable de construire quelque chose de ses mains, sans l’aide de personne. « No pain, no gain », c’est une façon de se dire : « Moi, tout seul, j’ai vaincu les difficultés qui se dressait entre moi et mon objectif. ».

                   Aujourd’hui, la magie du réseau sportif permet à cette phrase de véhiculer entre tous. Ainsi, chacun à son niveau peut appliquer cette leçon, que ce soit dans le sport ou non. Car « No pain, no gain » vise peut-être le bien être dans le sport... Mais c’est bien plus que cela. Elle peut et doit s’appliquer à tous les domaines de la vie. C’est bien plus que cela, disais-je : Cette phrase permet un bien être dans la vie en général...

     

                   Le problème avec cet argumentaire c’est qu’il suppose une chose : Etre heureux passe obligatoirement par la souffrance. Hum... On est face à une pensée judéo-chrétienne de malade : Tu veux être heureux ? Bah en compensation tu vas devoir souffrir comme un taré. Et oui. Loi de l’équilibre. Un mal pour un bien. C’est comme ça.

                   Personnellement, je fais du sport pour être heureux. Tout le temps. Je n’ai pas envie de souffrir, je n’ai pas envie de travailler en sport. Je n’ai pas envie d’être courageux, ni d’être persévérant en sport. J’ai juste envie de m’amuser. Et je vais même pousser le vice : J’ai envie de progresser aussi ! Insolant, je vais m’entrainer tous les jours sans jamais souffrir, et en plus je vais être de plus en plus fort ! Quelle arrogance ! J’ai la prétention de vouloir faire du sport pour le plaisir tout en étant un grand compétiteur ! Argl !

                   "No pain, no gain", c’est un peu comme pour cette histoire de « sacrifice ». On a la chance de pratiquer une activité pour se détendre, pour oublier toutes ces histoires de rendement et d’objectifs... Et bah non. Même là, faut aussi que ça soit dur, pénible, faut que les mots d’ordres soient : travail, persévérance, effort, souffrance...

                   Mais c’est d’une incohérence sans nom. Quand je vais m’entrainer, c’est parce que j’en ai envie. Personne ne m’y a obligé. Si je commence à respirer fort, à avoir mal aux jambes, c’est parce que je l’ai voulu. C’est pas ça la souffrance. C’est pas ça la douleur. Perdre toute sa famille d’un coup dans un accident, oui, ça, ça peut faire souffrir. Se faire une fracture ouverte du tibia en pleine montagne et devoir marcher deux jours pour rejoindre un village, là, effectivement, ça peut être douloureux. Mais faire 10 x 100m crawl dans une piscine chauffée, même en prenant que 10 secondes de récupération, c’est pas douloureux. De même que faire 2 x 3000m sur piste en plein été, même à 95% de VMA, ça ne fait pas souffrir. C'est dur, oui, très dur même, mais ça ne fait pas souffrir.

                   Cet article s'adresse aux gens plutôt discrets, timides, ceux qui n'auront pas le culot de prétendre que SI, être besogneux en sport est une qualité, qu'ils sont parvenus à atteindre leurs objectifs en travaillant dur, parfois contre leur volonté immédiate. Cet article s'adresse à ceux qui sont, comme beaucoup de monde, inondés par cette phrase qui permet tout sauf d'avoir envie de faire du sport.

                   Pour ces gens-là, rassurez-vous : On peut faire du sport pour le plaisir ET en étant le plus performant possible, sans jamais souffrir une seule seconde. Ce que je résumerai par :

        "No pain, gain quand même."

     

    Allez, voici une petite illustration de ce que j'essaye de vous dire :

     

    Dimanche dernier se déroulait le Tribreizh : un half-Ironman à effectuer en duo. Le principe est que, pendant toute la course, les deux équipiers doivent rester ensemble et peuvent s’aider un peu. En revanche, pas de contact entre les duos. Notamment à vélo où le drafting (rouler derrière un autre binôme pour se cacher du vent) n’est pas autorisé. Le principe est très original et permet de découvrir encore un autre type d’effort et de triathlon... Avant de présenter l’illustration, je vais parler un peu de l’ambiance sur ce triathlon, en lien avec le « No pain, no gain ».

    La course a donc rassemblé pas moins de 350 triathlètes. Entre les vainqueurs du jour dans un temps de 4h20 et les derniers concurrents arrivés en 7h40, on peut dire, sans juger qui que ce soit, que l’amplitude des niveaux était importante. Chacun à son échelle a fait sa course : contre une autre équipe, contre une barrière chronométrique ou contre l’épreuve en elle-même. En conséquence, au ravitaillement d’arrivée, là où tout le monde se retrouve une fois l’effort fini, les conversations étaient très diverses :

    « Ouais on est content, on fait top 20 ! »

    « C’était sympa, on s’est battu contre les gars de tel club »

    « C’est super, on voulait passer les 6h et on l’a fait ! »

    « Génial, on est heureux de l’avoir fini ce Tribreizh ! »

    La météo était parfaite, tous les triathlètes (moi le premier) étaient satisfaits de l’évènement et de leur performance sportive... Mais malgré cette ambiance conviviale, voire presque familiale, il y a quelque chose qui faisait tâche. Tout le monde avait le sourire, tout le monde se sentait bien, dans son élément, avec des amis, et pourtant quelque chose jurait avec tout ça : le « No pain, no gain » :

    « « Ouais on est content, on fait top 20 ! Pour tout ce qu’on s’est fait chier à l’entrainement, ça fait plaisir ! »

    « C’était sympa, on s’est battu contre les gars de tel club. Je peux te dire que j’ai souffert tout l’hiver pour cette course ! »

    « C’est super, on voulait passer les 6h et on l’a fait ! Ca a été pénible et douloureux, mais on l’a fait ! »

    « Génial, on est heureux de l’avoir fini ce Tribreizh ! Avec tous les sacrifices qu’on a faits... »

    Ce que je pense du « No pain, no gain » est très primaire en fait : On a 350 bonhommes qui sont grand sourire après avoir fait un triathlon. Ils sont entre amis, par un dimanche d’été, à faire ce sport qu’ils adorent. ET : on entend parler de souffrance, de douleur, de pénibilité, de sacrifice, etc. Y’a pas quelque chose qui cloche ?

    Au Tribreizh il y avait une équipe composée de deux gars que je connais bien : un de Lannion, et un d’Hennebont. Tous deux partaient avec des ambitions (largement justifiées) de top 5. Après une natation correcte, les voilà qui montent sur leur vélo. Les 10 premiers kilomètres sont un peu amusants : ils sont au coude à coude avec une équipe de vétérans avec qui ils ont l’habitude de courir depuis des années. Au sommet de l’ascension, en tournant au rond-point, le lannionais se retourne afin de voir où sont les autres. Petite faute d’inattention due à la fatigue : il touche la roue de son coéquipier, ce qui fait tourner son guidon.

    La faute à personne. Ca arrive souvent de toucher la roue arrière du gars devant en vélo. On l’a tous déjà fait. Une fois sur deux, on tombe. Le plus souvent, ça fait marrer tout le monde. On saigne du coude, de la hanche, de la main, mais rien de grave. On se relève et on repart.

    Sauf qu’ici, le lannionais ne tombe pas immédiatement. Le voilà roulant dans le bas-côté, s’écartant de la route. Et puis la roue avant tombe dans le talus, et c’est le soleil. Il passe par dessus son vélo et retombe sur les cervicales. Dans la chute, son menton a tapé son torse, ce qui fait qu’il n’arrive plus à respirer. Le lannionais est par terre dans le creux du talus. Il reste ainsi une heure et demi, le temps que les secours arrivent et s’occupent de lui. Finalement, ce sera un hélicoptère qui l’emmènera à l’hôpital de Brest.

     

                   Une petite comparaison vaudra mieux qu’un grand discours :

                   D’un côté on a un triathlète dans la force de l’âge en bonne santé, qui pratique un sport de riche comme le triathlon, et qui a un travail lui permettant d’avoir assez de temps libre pour s’entrainer. Ses principaux problèmes dans la vie sont de savoir s’il vaut mieux acheter une Corima 3 bâtons ou une Zipp 808 et de râler contre le prix de l’inscription à Nice, avant de s’y inscrire quand même. Quand on le questionne un peu sur ce qu’il vit dans son sport, il vous dira : « Moi je souffre beaucoup à l’entrainement. C’est très dur, parfois, mais j’ai un gros mental. Je sais me faire mal pour satisfaire mes objectifs. Je suis un battant. A l’entrainement, je souffre. C’est pénible, c’est douloureux. Sans compter tous les sacrifices que je fais pour pouvoir être performant. ».

                   ...

                   D’un autre côté on a un homme assis dans un talus. Il saigne du visage, il a du mal à respirer. En ce moment, il se demande si sa colonne vertébrale est cassée ou non. Pendant une heure et demi, il va rester dans cette position.

     

                   No pain = no gain ? Avant de prononcer cette phrase, je m’imagine moi aussi assis dans un talus, à me demander si je sens encore mes jambes ou non. Et d’un seul coup, j’ai plus du tout envie de la prononcer, cette phrase ridicule.

    Il faut souffrir à l’entrainement pour être fort ? Il faut tirer une sale tronche en course pour montrer qu’on se fait mal ? Il faut dire partout qu’on fait des sacrifices pour montrer qu’on est plus méritant que les autres ? Il faut faire de « No pain, no gain » un slogan de vie pour être quelqu’un de bien ? Pas de douleur, pas de gain ? Et donc : Douleur = gain ? Ouah. Il va être super fort alors, le lannionais...

    Personnellement, je n’ai jamais vu un ouvrier qui travaille 45 heures par semaine dans une usine qui va lui apporter surtout de l’arthrose et une intoxication des voies respiratoires dire partout en bombant le torse : « Attendez les gars : Je fais des sacrifices, je souffre, c’est pénible et douloureux. »

     

    Dire à la presse qu’on fait des sacrifices, poster sur les réseaux sociaux des photos de soi où on tord la bouche pendant une course, passer la ligne en grimaçant, s’écrouler derrière la ligne, moi, ça ne m’inspire qu’une seule chose : l'inconscience, le manque d'éducation.

                  

                   Je souffre à l’entrainement, je te jure !

                   Non, c’est faux. Tu mens. Personne ne souffre à l’entrainement. Ce n’est pas possible. Parce que dès que cela devient de la souffrance, on arrête. Y’a quelque chose de génial qui s’est développé depuis 2 millions d’années : l’instinct de survie. Quand quelque chose est douloureux, pénible, fait souffrir, on le fuit. Quand on se brûle la main, on la retire. Quand il fait froid, on se couvre. Quand il y a un truc dangereux, on s’en va. Il est (heureusement) impossible de faire volontairement quelque chose qui nous fait du mal.

    Mais depuis 40 ans, les triathlètes auraient trouvé comment dépasser les lois de l’évolution ? Depuis 40 ans, les triathlètes auraient trouvé un moyen de contourner le système de survie ? Je ne suis pas un expert, mais ça m’étonnerait...

    Personne ne nous a obligés à faire du sport. Personne ne nous a obligés à acheter pour des milliers d’euros de matériel sportif. Personne ne nous a obligés à partir s’entrainer. Personne ne nous a obligés à courir à 105% de VMA. Personne ne nous a obligés à souffrir. Et surtout : personne ne nous a obligé à être performant, à gagner des courses, ou simplement à progresser.

    Je souffre à l’entrainement, et je fais des sacrifices, c’est la vérité !!

    Non, tu mens. Si tu fais tes 10 x 1000 sur piste, même s’il pleut, même s’il fait froid, même si tu aimerais bien rentrer chez toi, si tu as fait ces 10 x 1000, si tu es resté sur la piste, c’est que tu en avais fondamentalement envie. Et le jour où ça te fera souffrir, crois-moi, tu arrêteras.

     

    Pour une fois, je vais faire quelque chose que je ne fais pas assez dans mes articles : je vais dire à quoi ça me sert tout ça :

    Si je refuse de dire que le sport c’est dur, si pour moi c’est ridicule de parler de douleur et de souffrance en sport, c’est tout simplement pour être honnête, et donc heureux. Je fais un sport que j’aime, et on veut me faire croire qu'il faut souffrir pour progresser. J’ai carrément envie de progresser en sport ! Mais je veux le faire sans souffrir une seule seconde. Aucun rapport avec le niveau physique que j’ai ou avec une capacité mentale que j’aurais. Je choisis de m’entrainer dans la bonne humeur, peu importe ce que je fais. Je choisis de m’entrainer en souriant, et tout le temps. Alors oui, je serais sans aucun doute moins fort que si je m’arrachais sur une piste d’athlé ou dans une piscine. Est-ce que la performance justifie d’être malheureux ? Pour moi c’est hors de question. Si le prix à payer pour être heureux dans mon sport c’est d’être moins bon toute ma vie, si le prix à payer pour m’amuser en permanence c’est de ne plus jamais faire de podium, de top 10, de top 30, et bien tant pis. Moi, je choisis d’être heureux.

    La seule chose que je peux faire maintenant, c’est de vous inviter à faire comme moi. Parce que « No pain, no gain », c’est faux, c’est triste, c’est pessimiste. Parce que ça me désole de voir nos jeunes dire : « No pain, no gain ». Parce que ça me désole de les voir se persuader que le sport c’est dur, qu’il faut se faire mal pour progresser, qu’il faut être méritant, etc... Parce que ça me désole de les voir arrêter le sport à 18 ans parce qu’ils en ont marre qu’on leur mette la pression avec la souffrance et la progression. Parce qu’il y’a des gens supers qui du coup, ne voudront pas venir s’amuser sur les compétitions avec nous parce que des triathlètes en manque de reconnaissance vont leur dire que c’est un sport de malade, que c’est dur, qu’il faut faire des sacrifices.

     

    Donc voilà. Entendre « No pain, no gain », ça me rend triste. Si ça se trouve j’ai tort sur toute la ligne. C’est fort possible.

    Mais... La seule chose que je vois, c’est que dans le sport à la Breizh Andur, on est peut-être pas les meilleurs, mais on a tout le temps le sourire.

     

    Allez, je vous laisse. J’ai un nouveau chemin à tester dans les Monts d’Arrée...

     

    No pain, no gain - 2ème partie

     

    Grosse pensée pour un lannionais qui hier, contrairement aux 350 autres triathlètes, a su ce que ça voulait dire « Pain »...

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  • Commentaires

    1
    Le Joub
    Mardi 23 Juin 2015 à 17:17

    Qu'en est-il du plaisir d'être allé un peu plus vite, quitte à ce que ça chauffe un peu les jambes ?

    2
    Mardi 23 Juin 2015 à 20:11

    Il est immense le plaisir d'aller à fond jusqu'à ne plus pouvoir respirer !! Moi c'est une des choses que je préfère !! Mais même à ce stade-là, ce n'est en aucun cas de la douleur ni de la souffrance ! Quand on va à fond, c'est qu'on l'a voulu, personne ne nous a obligé !

    3
    Le Joub
    Vendredi 26 Juin 2015 à 14:30

    Me voilà soulagé ^^

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