• Le complexe de Zatopek

    De l’autre côté : Le complexe de Zatopek

     

    De l’autre côté de la barrière, quand on ne court pas, on voit les choses différemment...

     

    De l'autre côté - Le complexe de Zatopek

     

    « Je n’avais pas assez de talent pour courir et sourire en même temps »

     

                   Voilà ce qu’Emile Zatopek répondait quand on lui demandait pourquoi il affichait une si vilaine grimace en course.

                   Si on considère comme moi qu’Emile Zatopek est dans le top 5 des sportifs avec le meilleur état d’esprit et vision de la course à pied, alors on peut tirer des enseignements de ce qu’il nous raconte. Ici, il dit ne pas avoir assez de talent pour faire deux choses simultanément. Courir et sourire nécessite donc du talent pour lui. Soit, Monsieur Zatopek.

                   Aujourd’hui, j’ai été faire un peu de bénévolat sur une course à pied. Posté au 4ème km sur 5 au total, en haut de la dernière difficulté, j’étais pile à l’endroit où les gens commencent à se demander si « vomir vaut mieux que courir » (celle-là n’est pas de Zatopek, je crois). Le premier passant devant moi, je l’encourage. Le deuxième venant un peu plus loin, je l’encourage aussi. De même pour le 3ème, le 4ème, le 5ème, etc... Ce n’est qu’au 30-35ème que j’ai remarqué que j’encourageais tous les coureurs exactement de la même façon : « Allez, allez, c’est bien ! » avec un sourire. Comme un robot !

    Et puis, je me rappelle que j’ai un peu l’esprit scientifique, alors je me lance dans une petite étude des coureurs.

                   Le protocole est simple : J’encourage selon le protocole E (Allez, allez, c’est bien + un petit sourire et un regard dans les yeux). Et ensuite, je note les réactions...

                   Voici les résultats que j’ai collectés :

     

    De l'autre côté - Le complexe de Zatopek

                   Voici maintenant le descriptif qui m’a permis de construire cette courbe d’une complexité sans nom. Pour chaque tranche de place, j’ai noté les réactions moyennes à mes encouragements, sans tenir compte des très rares exceptions. :

                   -1er – 10ème : Aucune réaction

                   -10ème – 30ème : Un souffle en levant les sourcils, pour témoigner qu’ils ont entendu

                   -30ème – 60ème : Regard furtif, un léger sourire

                   -60ème – 100ème : Regard tenu, un sourire et souvent un « merci »

                   -100ème – 150ème : Regard rendu, un grand sourire, un « merci beaucoup » et un « bon                courage » (« bon courage » m’étant destiné).

     

                   Le bilan général est celui-ci : Zatopek avait tout faux.

    En effet, les premiers, les plus talentueux, n’arrivait pas à sourire. Tandis que les derniers, les moins talentueux, souriaient tous sans exception. Alors que Zatopek nous faisait comprendre que : Manque de talent = Pas de sourire, les coureurs du XXIème siècle prouvent l’inverse.

    Force est d’admettre qu’Emile s’était planté. Ici, une sorte d’équilibre s’est créé naturellement au sein des sportifs. Je suis sûr qu’en cherchant un peu, on pourrait prouver scientifiquement que lorsque l’on progresse, on sourit de moins en moins. Absolument aucun jugement de ma part. Simple constat. De même qu’on pourrait dire : plus on progresse, plus on va vite. Exactement pareil.

     

                   « Je n’avais pas assez de talent pour courir et sourire en même temps » : FAUX

                   Plus on a de talent, moins on peut sourire : VRAI

     

                   Bon, en réalité, l’explication est très simple : Les premiers font la course pour la place, font des tactiques, sont très concentrés, courent à des vitesses importantes, etc. C’est tout à fait normal qu’ils soient complètement dans leur effort. Je rajouterai même que c’est indispensable : être concentré est une qualité qui contribue à la performance en course à pied. Indéniable. Et d’ailleurs, ça ne me gène aucunement lorsqu’un bon sportif passe devant moi sans entendre mes encouragements. Au contraire, je suis admiratif devant son sérieux ! Presque du professionnalisme ! De l’autre côté, c’est normal que les derniers sourient. Ils vont moins vite, ils n’ont pas d’objectifs, ils font ça pour le plaisir, donc ils peuvent s’égarer un peu et répondre aux encouragements.

                   Nous venons donc de montrer que plus on est performant, plus on est professionnel. On pourrait même extrapoler en disant qu’au regard de ma courbe, si les gens arrêtaient tous de sourire, ils courraient tous en 15’00 au 5km.

                   Voici donc les idées clés de l’étude :

     

                   -Les bons sourient peu

                   -Les mauvais sourient beaucoup

                   -Les bons sont professionnels

                   -Les mauvais ne sont pas professionnels

    Et donc :

                   -Sourire n’est pas professionnel

                   -Sourire s’oppose à la performance

                   -Donc il ne faut pas sourire

     

    Qu’est-ce qu’on attend alors ? Allons-y pour faire avancer la science de l’entrainement : Elaborons des préparations mentales modernes où on apprend aux jeunes à être antipathiques pour être performants. Encourageons les bouches tordues et les yeux plissés : « Voilà maintenant le dossard 244 qui passe ! Quel faciès immonde ! Voilà un athlète qui sait ce que c’est que de faire du sport ! ». Et j’ai même envie de dire : Faisons quelque chose pour les mecs qui sourient !

    Bah oui ! On va où, là ? Attend, l’autre jour je vois un gars qui courait pour la gagne. Il arrive, tac, je l’encourage, et le mec me regarde en souriant et en me disant "merci". Enorme. Heureusement que j’étais de bonne humeur sinon je peux te dire que je l’aurais engueulé. Bah écoute ! Ca donne quelle image aux jeunes, ça ? Heureusement qu’il y a des gens à peu près conscients. Par exemple, j’ai déjà vu un arbitre coller un carton à un mec qui a dit « Merci beaucoup Madame ». Abruti. Pourquoi pas lui offrir des fleurs tant qu’à faire.

    Moi ça commence à me faire chier tout ça.

    Ca commence à m’emmerder sérieusement les gens qui croient que le sport c’est la rigolade. Tous ces gars et ces nanas qui te regardent avec leur sourire benêt quand tu les encourage. Toutes ces personnes qui sont sympathiques et agréables, même pendant l’effort. Tous ces coureurs du dimanche qui font l’effort de te répondre poliment alors qu’ils sont en train d’en chier. Tous ces gros malins qui préfèrent perdre un peu de leur performance pour être gentil avec les bénévoles. Tous ces débiles qui font du sport pour le plaisir et pour partager leur dimanche entre amis. Tous ces enfoirés qui ont compris qu’il faut arrêter de se prendre au sérieux quand on fait du sport. Tous ces gros cons qui aiment faire du sport et qui ont du respect pour les gens autour d’eux...

    Tous ces...

    Tous ces connards qui ont compris que les compétitions, tous les dimanches, ça sert à ça : Voir des gens, partager un moment avec eux, leur parler,..

    ...et voir leur sourire.

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  • Commentaires

    1
    Dimanche 26 Avril 2015 à 20:00

    Je ne mettrai que ça : happy...

    2
    Claion
    Samedi 2 Mai 2015 à 12:40

    Belles réflexions ! :)

    3
    Mikael JEZEGOU
    Lundi 10 Août 2015 à 09:40

    Après t'avoir croisé (et félicité pour ton blog)  au ravito du 9ème kilomètre du Trail de Brasparts, je me suis rappelé ton analyse postée il y a quelques temps.

    Je me suis donc livré à une contre-expertise de ta théorie. Posté vers le milieu de la course, au niveau d'un ravito qui suit une petite patate ménezarrienne. D'une main j'immortalise les forçats des chemins creux, de l'autre je maintien la tête de mon bébé qui fait un petit dodo en attendant le passage de sa maman et par ma bouche je balance des "bravos, c'est bien, super..." à tout va.

    Voici mes conclusions:

    - le premier (Matthieu Craff pour ne pas le nommer ^^), sourire jusqu'aux oreilles, un grand bonjour sincère. Il faut dire qu'il n'était pas dans le "dur" et qu'il possédait déjà une avance confortable sur ses poursuivants...

    - les poursuivants (du 2ème au 30ème), qui poursuivent je ne sais quoi, surtout le 30ème déjà à plus de 10 minutes du premier mais tout de même à moins de 30 secondes d'une formidable 29ème place!!! Excepté 2 ou 3 gars (dont le mec à  short à fleurs qui se goinffre au ravito), tous des connards (ou alors disons des "bons professionnels" de m..de), pas un regard, pas un bonjour, pas un sourire... Pire certains de ces en..lés se permettent de jeter leur gobelet des dizaines de mètres après le ravito, en plein milieu de la forêt. Probablement des mauvais réflexe de "routier". Mais qu'ils y restent sur les courses sur route!!!

    - à partir du 30ème, fidèle à la courbe d'une complexité sans nom.

    Au plaisir de te lire cool

     

     

    4
    Christophe
    Jeudi 13 Août 2015 à 10:40

    Merci pour cette analyse scientifique fine ! je sais maintenant que je ne serais jamais sur le podium mais je garderais toujours la joie et le plaisir à pratiquer le Tri ( même si vraiment j'en bave en CAP!)  happy

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