• CR Half de Lacanau - 8ème

    CR Half de Lacanau - 8ème

    J’aime bien les CR qui commencent par « La veille je vais chercher mon dossard, je vois mon pote Eric qui me dit qu’il est en reprise, puis je bois 12L de boisson d’attente avant de me préparer un gâteau sport dont la consistance approche celle d’une plaque de béton armé. » Mais bon, dans mon cas y’a pas grand-chose d’intéressant à dire sur l’avant course.

    Quoique, petit détail tout de même : J’ai changé ma façon de m’entrainer depuis cet hiver. Ce qui fait que Lacanau est le premier triathlon que je fais avec ce nouveau mode de fonctionnement. Enormément de choses à tester, à expérimenter, à valider ou non, mais j’en reparlerai tout au long du CR. Let’s go Marie-Jo :

    CR Half de Lacanau - 8ème

    La veille, je ne vais pas chercher mon dossard car je suis encore dans les Pyrénées avec les potes. Fin d’un stage sur 7 jours d’une violence… relative. Peut-être 10h de sport pour ma part ? Le pire volume d’entrainement de l’histoire des stages de triathlon… Tout ça pour dire que j’ai pas bouriné non plus, j’ai veillé à ne pas arriver trop cramé sur la course. Malgré tout, constat qui fut récurrent chaque jour pendant le stage : je n’arrive pas à récupérer. J’ai les jambes engourdies, et ça ne passe pas. Par rapport à ce que je connais de moi, je comprends que je n’aurais pas de bonnes jambes pour Lacanau. Pas grave, le jeu n’est pas d’arriver super balèze sur chaque course, le jeu est de savoir dire avec précision comment on est, pour pouvoir mener sa course avec le plus de conscience possible. Et même sans être au meilleur de sa forme, il y a beaucoup de choses à faire et à vivre sur un Half. D’ailleurs voilà la liste des choses que j’aurai à tester à Lacanau :

    1-L’entrainement natation : J’en ai un peu parlé sur ma page tout l’hiver : Mon seuil de tolérance actuel à l’entrainement natation est de 2km par semaine. Il a donc fallu que je m’entraine en fonction de cela. Après une coupure de 5 mois (coupure relative, j’ai nagé 4 fois pendant ces 5 mois), je suis reparti début Janvier sur des bases saines : 1 séance par semaine. A partir de Mars, 2 séances par semaine. Et chaque séance était grosso modo la même : 200 crawl, 200 « muscu » (exercice ou on pousse comme un bourrin sur chaque bras, pour réveiller les muscles), puis un test 400. Quand j’étais pas en forme, je ne faisais qu’un test 100 ou un test 200 (les séances étaient vachement courtes du coup…). Donc sur Janvier et Février c’était des séances de 800m environ, et à partir de Mars je suis passé à 2 x 800/1000m par semaine. Au final j’ai dû faire 5 tests 100, 2 tests 200, 15 tests 400 et 3 tests 1000. J’avais prévu de faire des tests 1900 aussi mais j’ai pas eu l’occasion de le faire. Bref, mon entrainement a donc été exclusivement constitué de tests de 100 à 1000m à fond la caisse départ dans l’eau. Mon but était le même à chaque séance : Péter mon record de l’année. En résumé, je n’ai pas fait une seule série, pas un seul éducatif, pas de jambes, pas de zoomer, pas de 4 nages, pas d’allures Z2, Z3, Z824, rien. Enfin si, que du Zafon. Z-« à fond » / Zafon. Jeu de mot.

    Y’a un auteur Espagnol qui s’appelle Zafon. Petit hommage. Carlos Ruis, de ses prénoms. Allure Carlos ? Non, allure Zafon c’est bien.

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    2-La bouffe : Fort d’une réflexion particulièrement longue, je suis arrivé à la conclusion que je ne digère pas bien le sucre rapide en sport. Barres, gels, fruits, tout ce qui a un goût sucré, je n’y arrive pas. J’aurais quand même mis 4 ans à m’en rendre compte... Et là ça commence à me souler de finir en hypo mes courses, donc je mets en application ma technique favorite en sport : Le « OSJ-PTC ». Alors… Petite explication du terme. OSJ signifie « On sait jamais », il s’agit là d’un truc très simple : Quand je fais quelque chose en sport qui ne semble pas fonctionner, et bien je tente l’extrême inverse. Par exemple, une année je m’entrainais de façon assez standard en natation, et ça ne me plaisait pas. Alors je me suis mis à faire des 5, 6km d’endurance en piscine pour voir si ça marchait mieux. « On sait jamais », parce que quand j’en parle autour de moi, c’est le seul argument que je peux donner pour me justifier de tenter un extrême inverse. Et donc PTC signifie « Putain t’es con » parce que c’est ce qu’on me répond en général quand je dis que je vais tenter l’extrême inverse. Pour le coup, voici mon raisonnement : Les sucres rapides ne semblent pas trop me convenir, donc je vais tenter les sucres lents. Ainsi, pour Lacanau, je vais partir sur la stratégie de ne manger QUE du riz pas trop cuit. Riz sans rien, parce que je veux voir si cet aliment me convient à lui tout seul.

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    3-La boisson : Fort d’une réflexion un peu plus terre à terre que pour la bouffe, j’ai remarqué (4 années d’observation sans rien changer…) que quand je bois de l’eau plate, ça ne passe pas. Petite pensée à ma grande-tante qui ne buvait que du vin de son vivant en se justifiant par : « Je ne digère pas l’eau. » A croire que j’ai hérité d’un facteur génétique particulier sur la digestion de l’eau… Donc du coup je ne vais boire que du vin pour Lacanau. Non je déconne. En trail les mecs parlent de l’importance des sels minéraux, du sodium en course, donc c’est peut-être pas des conneries. Conclusion : Je ne vais boire que de la St-Yorre sur la course.

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    4-La technique à pied : Le 31 Décembre, je me suis fait cette remarque à haute voix : « Putain je cours comme un chewing-gum péruvien : Je suis tout mou et je me décompose rapidement. » Idem, il m’aura fallu 4 ans pour prendre la décision. Alors à partir du 1er Janvier, j’ai arrêté tous les entrainements, et je n’ai plus fait que de la technique : Corde à sauter, gainage, course très rapide. Mon plus gros entrainement entre Janvier et Mars a dû être une séance de 6km. En avril, j’ai mis une semaine de footings moyens, puis il y a deux semaines j’ai couru 30 bornes dans les chemins, et à 6 jours de Lacanau j’ai couru 20 bornes de footing vertical (tu montes une montagne, et tu la descends). Très malin au passage ce dernier entrainement, je me suis explosé un mollet, je n’ai pas pu courir jusqu’à la course. Toujours est-il que j’ai taffé ma technique à pied, et ce que j’espère ce n’est pas à une progression de type « cardio » ou de type « VMA », mais une progression d’efficience, de structure. J’espère que mes jambes et mon gainage vont tenir plus longtemps pendant le semi-marathon.

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    Voilà tout ce que je veux tester. On va faire vite sur l’avant course : Levé à 4h47 du mat (je mets toujours mes réveils sur des heures imprécises), voiture de 5h à 8h, dossard, entrée dans le parc, insultes envers Maxime Quiviger (il est parisien, c’est légitime.) et puis tout le monde sur la plage.

    Petit aparté… Le triathlon de Lacanau, c’est une course qui est très bien organisée, mais j’ai malgré moi été un peu… désabusé. Là je vais pas me faire des amis mais truc absolument lamentable de la part de l’orga : Le soleil et la chaleur. Nous autres, bretons, nous nous sommes entrainés sous la flotte et 8 degrés tous les jours depuis 6 mois. On arrive sur le site le matin de la course et là les mecs : « Oui, on est désolé mais là il va faire beau et chaud toute la journée. » Aussi peu de respect pour les athlètes, moi ça donne envie d’arrêter le tri. Autant balancer des clous rouillés sur les bretons pendant la course, ça aura le même effet. Bref.

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    J’étais pas en train de parler de la plage moi ? Si, on revient à la course. J’étais donc en première ligne, derrière la rubalise. Petit rituel d’avant course, je dessine toujours dans le sable son doux visage qui me souriait. Puis il a plu sur cette plage, etc, mais bon ça c’est une autre histoire. Non, ça c’est vrai je dessine toujours un truc avec mon pied dans le sable pour passer le temps. Là je suis parti sur un solide à 12 faces, c’était moche mais je n’ai pas non plus une dextérité de fou avec mon gros orteil gauche. J’ai effacé et j’ai commencé à dessiner une petite maison à flanc de colline, avec un tas de bois collé au mur Nord et quelques chevreuils qui bondissent avec légèreté au loin dans les sapins. « Départ dans 3 minutes ! » Et voilà… Un arbitre qui vient tuer ma tentative de m’évader un peu…

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    Allez hop, concentration, départ dans 1 minute. Je suis en première ligne, donc tout devrait bien se passer. Dans la tête, les derniers instants avant le départ, je me trouve étonnamment décontracté. Je suis assez lucide, j’arrive même à regarder un peu le lac et le soleil et à avoir hâte d’aller dans l’eau.

    PAN !

    Deux, trois poings dans la gueule, deux tibias pétés, trois arrachages de combinaison, un départ basique quoi. J’ai toujours eu un bon temps de réaction, du coup je suis peinard sur les quelques pas sur le sable. En revanche, comme je ne vais jamais dans l’eau avant les départs, il y a une chose que je ne maitrise pas et que je découvre en temps réel : L’évolution de la profondeur de l’eau. Au bout de quelques foulées, je me rends compte qu’il va falloir dolphiner un sacré paquet de fois avant de commencer à nager puisque le fond descend très lentement. Je suis globalement dans les premiers, je vois plein de gars qui plongent à côté de moi mais je continue de courir en levant les genoux. Je pense avoir raison puisque je prends un tout petit peu d’avance. Allez, à la baille ! Je dolphine, je me relève, je dolphine, je recommence, encore, jusqu’à réaliser que je n’ai plus un gramme d’air dans les poumons. Fichtre. Je dolphine une dernière fois en poussant fort par terre et je commence à nager. Un coup d’œil à gauche, personne devant moi. Un coup d’œil à droit, personne non plus. Je comptais partir sur un 100m chrono pour me défaire de la masse mais au bout de ces 30m de natation, je dois me faire au constat que je suis en tête d’une longueur sur les autres. D’abord perplexe, je continue de nager à fond. Les bras répondent très bien d’entrée de jeu, cohérence parfaite avec les deux séances de natation pendant le stage. Puis je re-regarde des deux côtés. Je suis encore devant. Plus que perplexe, je nage, on a maintenant parcouru 100m et je suis toujours en tête. Mystère. Je ne suis pas parti comme sur un S non plus. Je retiens une pensée qui monte en moi (que je développerai tout à l’heure) et garde le même rythme. Les bras tournent vraiment très bien, ça pousse, et les jambes sont correctes… Ah, deux mecs me doublent. Et comme ils partent rapidement loin, je ne m’en occupe pas. A la place, j’attends un gars un peu moins rapide pour faire ma technique clé en natation de triathlon : La « Chèvre Aquatique » (en référence à la torture médiévale où une chèvre léchait les pieds de la victime) Cela consiste à partir trop vite exprès, puis prendre les pieds d’un nageur plus fort que soi pour lui gratter les pieds jusqu’au bout.  J’ai le souvenir de Vendôme l’année dernière où sur 2300m de natation, j’avais touché les pieds d’un gars pendant 2200m. Là, après 200m, un autre nageur passe devant moi, alors je le condamne : Je me mets derrière lui et je commence à me reposer. Je ne sais pas qui c’est, alors en moi je décide de l’appeler Jean-Luc. Problème avec Jean-Luc, il va de gauche à droite en permanence. Alors je dois faire un gros effort de pilotage pour rester à son contact. Coriace comme victime.

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    Après quelques minutes, tout s’est calmé. Je me laisse un peu de marge pour savourer le soleil et l’eau plus que bonne. Jusqu’à la première bouée (800m ?), aucun changement. Je reprends mon souffle derrière Jean-Luc avec, et je dois avouer que j’ai en arrière-pensée le plan diabolique d’accélérer sur le retour. Avec nous, sur la droite, un autre nageur nous accompagne. Fangio, l’appelle-je. Fangio, J-L et moi formons un petit groupe de chasse de la 3ème à la 5ème place. Derrière, c’est brouillon, mais personne ne semble vraiment nous accrocher. Nous virons tous trois ensembles à la première bouée. Un peu distrait par la jolie fille postée en kayak juste à côté, le soleil encore bas illuminant sa belle chevelure bouclée, je ne fais pas attention à ce que je fais et me prends aussitôt un bon gros coup de talon dans la mâchoire par Jean-Luc. Largement mérité. Je retourne à mes affaires. Je regarde un peu devant, un peu derrière, et là…

    Et là j’autorise mon cerveau à fixer la pensée que j’avais refoulée au début de la course : Je suis un pirate. Je suis 4ème provisoire, je me sens bien, et je pense pouvoir tenir sur ce rythme jusqu’au bout. Je suis un pirate parce que, quand je regarde sur ma gauche les 850 bonhommes qui vont chercher la première bouée, je réalise que mon niveau actuel, ça je ne le « mérite » pas lol. Mais je n’ai rien à dire en fait. Je suis hyper content, je profite de cette injustice positive. La natation c’est ingrat, coup de bol je suis du bon côté de l’ingratitude. Je me marre tout seul dans l’eau. Peut-être qu’il n’y a pas un gros niveau nat sur cette course, je n’en sais rien, mais je constate simplement  que je peux nager longtemps à fond en me sentant bien alors que je n’ai fait que des tests 400 depuis le début de l’année. Cool… Hop la ! Jean-Luc se fait la malle ! Le bougret !

    Ayant lâché les pieds de J-L, je me retrouve en train de nager tout seul… et c’est beaucoup plus dur de nager tout seul ! Alors je me précipite sur Fangio qui a viré un peu moins vite à la bouée. Ah, la victime parfaite ! Il ne bat pas des jambes et nage droit ! Nikel Fangio ! Vamos ! Continue comme ça ! Héhéhé…

    Nous virons tous deux à la deuxième bouée après 1100m de course, et maintenant il s’agit de revenir sur la plage. Petit problème : On ne voit rien. Les 2 premiers sont loin devant, le soleil est bas, et il n’y a pas de bouée intermédiaire pour nous guider. Alors je choisi d’appliquer la tactique « Suivre le berger » : Je fais confiance à Fangio pour l’orientation et me laisse ainsi du temps pour faire un auto-check-up. Résultat : Je suis très frais. En même temps ça fait un gros 800m que je me repose, peut-être faut-il réfléchir à une évolution de stratégie. Effectivement, en regardant hors de l’eau, je trouve dommage de laisser partir Jean-Luc tout seul devant. Alors je sors des pieds de Fangio, lâche un « Gracias amigo » et commence un 100m sprint pour rejoindre J-L. Dur dur, j’ai l’impression qu’il a accéléré entre temps. Mais je recolle finalement, retrouvant avec plaisir ses pieds. Pour l’informer de ma présence, je tape : « C’est moi, je suis revenu » en code morse sur sa voûte plantaire gauche. Bizarrement, il bat d’un coup sec des jambes. Moi qui voulait juste assurer la bonne entente dans notre groupe de 2. Un instant je me demande s’il ne faudrait pas créer un moyen de communication pour les nageurs en triathlon.

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    La plage se rapproche, Jean-Luc accélère encore et moi je craque un peu. Il nous reste 400m. Je regarde derrière, Fangio a cédé du terrain et les autres nageurs ne sont pas tout prêt. Ok. Niveau nage en elle-même, tout continue de bien fonctionner. Technique plutôt bonne, un petit point de côté mais rien de bien méchant. Cependant à 200m de la plage, je me vois contraint de sortir des pieds de Jean-Luc car mon sprint de 100m pour le rejoindre m’a un peu vidé les bras. Pas trop de casse, il ne me prend finalement que 5-10m. Le fond apparait sous moi, je pose le pied au sol, et c’est reparti pour les dolphines ! Je les réalise un peu mieux que Jean-Luc, ce qui fait que je le rattrape à nouveau. Les gens applaudissent sur le bord, j’enlève mes bonnets et mes lunettes, et je me marre intérieurement. Je sors 4ème de l’eau, de la piraterie pure et dure.

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    Bilan sur le point 1- à expérimenter aujourd’hui : L’entrainement allure Zafon me va très bien.

    Quelques encouragements, une petite course pour rejoindre le parc, j’ai le temps de remarquer que le souffle est bon. J’ai vraiment bien nagé sans me fatiguer pour autant, très bon bilan à chaud du premier tiers de course.

    Bon. Vous pouvez aller vous faire un café pendant que je parle de ma transition parce que même Einstein aurait utilisé les lois de la physique quantique pour calculer le temps que j’ai mis à la faire. En arrivant devant mon emplacement, je me sens débile. Je ne sais pas quoi faire, ni dans quel ordre. Dans mon champ de vision je vois des gars qui entrent dans le par cet sortent avant moi. Mais à vrai dire ça ne me dérange pas. Je perds du temps, certes, mais d’un autre côté je me repose. Et j’en profite pour m’apaiser l’esprit avant de partir sur le vélo. Non pas que je sois énervé, mais j’aime bien prendre quelques secondes pour faire la « transition d’esprit » entre les sports sur un triathlon.

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    Au final, je ne sais pas comment cela s’est produit mais je me retrouve avec mon vélo dans les mains, fin prêt. Je me dirige vers la sortie du parc, puis vers la route, et c’est parti. Je n’ai pas repéré le parcours ni regardé le plan donc à à partir de cet instant je pars dans l’inconnu total. Et je n’ai pas de montre non plus. Aucune info de temps ni de distance. Tout cela est fait exprès bien sûr : Je veux apprendre à me gérer tout seul sans information extérieure. Toujours relatif comme notion, puisque comme il y a 2 tours de vélo le premier me donnera des repères pour gérer le deuxième…

    Pourquoi ? Je ne le sais pas. Mais je pars sur une intensité de CD, pas du tout de half. Du moins par rapport aux autres courses que j’ai fait jusque-là. Je pédale à fond, et le pire c’est que j’en ai conscience. Mais étrangement, mon cerveau est serein, il me rassure. On dirait un mec avec des dreads qui me fait une leçon de philosophie sur la société en fumant de l’herbe : « Relax man, faut pas que tu mettes de barrières à ce que tu peux faire... Détourne-toi de ce monde capitaliste sanguinaire… Tiens, tire une taf. » Alors je tire une taf et garde ce rythme soutenu.

    Un peu trop confiant peut-être, après 3km je vois une flèche sur la route qui indique la gauche, je vois en plus des mecs qui partent à gauche, je vois également un bénévole qui me dit d’aller à gauche, d’autant plus que la route à droite est barrée, mais il se trouve que je décide de partir à droite.

    Extraordinaire. Si je ne tenais pas mon guidon, je m’auto-applaudirais. Je fais un petit demi-tour et reviens sur le bon parcours.

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    L’intensité et la vitesse, ce sont deux choses différentes. Il me faut très peu de temps pour comprendre quelque chose : Je suis à très haute intensité par rapport à ce que j’ai jamais fait sur un half, sauf que la vitesse n’est pas là. Je me sens bien, je suis confiant, je tourne, je force, mais rien à faire, ça n’avance pas trop. Ce qui n’est absolument pas un problème. Aujourd’hui, j’ai les jambes que j’ai, c’est tout. Et j’y retrouve en plus une parfaite logique avec les sensations des jours d’avant. Ok, tant pis pour la perf vélo, j’ai plein de choses à tester de toute façon. Alors je décide de ne me soucier que de l’intensité, et je la garde constante (même si sur l’instant je la ressens comme trop haute) en me basant sur ce que dit l’autre : « Provoque l’échec, il te le rendra bien. » Si je tiens jusqu’au bout, tant mieux, j’aurais découvert que je peux tenir un gros rythme sur half. Mais si je craque, et bien au moins j’aurais la preuve que je ne peux pas tenir un gros rythme sur half. Un bon apprentissage dans tous les cas.

    L’ambiance retombe, j’ai désormais fait quelques kilomètres de vélo et il n’y a pas grand monde avec moi dans cette jolie forêt. Parfait, me voilà paré à m’occuper de mon double-test principal de la journée : l’alimentation et la boisson. Manque d’anticipation sur la préparation, je n’ai trouvé comme solution que de mettre le riz en vrac dans la trousse fixée sur le dessus de mon cadre. Quand j’ouvre la fermeture éclair, il faut que je me débrouille pour attraper du riz avec mes doigts et l’amener jusqu’à ma bouche… Argl. Petit bémol. Mais je m’en doutais : Le riz a séché pendant la nuit. J’en prends une première bouchée et constate avec délice que c’est comme si c’était du gros sable. Je m’étouffe… en rigolant cependant parce que je trouve cette situation plutôt comique. Et j’imagine Thibault me traiter de débile avec son accent breton… Mais pas de prob, adaptabilité ! Je trouve une technique de secours (dont je ne peux pas affirmer qu’elle va marcher) : Je mets du riz dans ma bouche, j’aspire de l’eau par la paille de mon bidon, et je gobe le tout sans mâcher. Ok, je peux manger de cette façon, mais mon bide va se retrouver avec du riz pas trop cuit, sec et intact. Hum… He, au pire qu’est-ce que je risque ? Vomir ? Pareil, si je vomis, au moins je pourrai écarter cette technique !

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    Et la suite du vélo se trouve être assez… monotone. Je tiens mon intensité, chose qui me surprend et me fait plaisir en même temps. Je bois ma St-Yorre et mange mon riz en m’étouffant presque à chaque fois, mais au final tout se passe bien sur le côté gestion et digestion. Sur le côté perf, ça reste moyen. Je me fais doubler, et je n’ai aucune possibilité d’accélérer. Mes jambes s’engourdissent dès que je passe une certaine vitesse. Je continue donc à pédaler à mon rythme sans m’inquiéter de ce qui se passe autour de moi.

    Les lignes droites sont TRES longues, et il y a autant de dénivelé que sur un terrain de foot. Ce matin encore j’étais dans les Pyrénées. Bon, il n’y a pas lieu de comparer non plus, chaque lieu a ses beautés à lui. Rien ne vaut la Bretagne cependant mais là c’est un autre débat. Là, c’est très joli, très dépaysant pour moi, mais force est d’admettre que je m’ennuie malgré tout. Heureusement que j’ai des trucs à tester sur moi-même pour m’occuper. Les kilomètres s’enchainent, je ne bouge pas du guidon aéro, je pédale avec la même cadence, de temps à autre je regarde le décor. Je crois qu’on voit la mer ? Ou encore un grand lac peut-être ? Des marais, une forêt de pin, en fait j’aime beaucoup !

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    J’arrive finalement sur la fin du premier tour pour repartir sur le second. J’entends au passage que j’ai perdu beaucoup de temps sur la tête de course mais bon, ça ne change pas ma course à moi. Pour l’instant, j’ai bu exactement ce que je voulais, et j’ai mangé… un peu moins que prévu. Cause logistique, je galère à prendre le riz à la main, et le manger sans mâcher me demande de me mettre en apnée et d’arrêter de pédaler à chaque fois, c’est très compliqué. Donc c’est un bon test, mais il faudra dégrossir cette technique pour le futur.

    J’oscille entre la 5 et 6ème place, globalement je roule peinard tout seul. Sur le 2ème tour je passe même un bon 30 bornes sans voir aucun cycliste. A un moment, j’ai une petite pensée pour les pelotons qui sont derrière, notamment celui dans lequel se trouve Maxime Quiviger, drafteur assumé. Sinon, ma vitesse faiblit un peu, mais je l’attribue principalement manque de bornes que j’ai depuis le début de l’année. Niveau intensité, je suis resté constant, plutôt cool. Et j’ai maintenant quelques repères du fait d’être déjà passé sur le tour entier. Même si je ne connais pas les distances, je peux savoir à peu prêt où j’en suis. Ca j’ai toujours kiffé, de me repérer avec des lieux, non avec des distances. Mon côté bûcheron sûrement.

    CR Half de Lacanau - 8ème

    Encore les longues lignes droites, rien ne se passe, je pédale, je bois, je m’étouffe, et la fin du vélo se profile tout doucement. Deux cyclistes me doublent alors que nous nous approchons du parc. Stéphane Méttier parmi eux, que j’ai plaisir à voir.

    Mais avouez que ça aurait été dommage de finir proprement la partie vélo. Sur le dernier rond-point, deux flèches au sol indiquent d’aller vers la gauche, deux bénévoles me montrent la gauche, les deux cyclistes devant moi vont vers la gauche, alors, très logiquement, je vais à droite pour commencer un troisième tour.

    Enormissime. Là encore je m’applaudirais si j’avais les mains libres. Je vois bien que le bénévole me prend pour un fou, il me regarde les bras ballants, une expression d’incompréhension sur le visage. Non pas parce que je me suis trompé, mais parce que quand il m’a dit « NON NON PAS PAR LA !!! » J’ai freiné doucement, fait demi-tour, et répondu en rigolant : « Haha, le mec plus lucide… »

    Tout en me déchaussant sur le vélo, j’en profite pour faire un check-up de forme : Alors, alors… Bon, je suis un peu fatigué. Mais ça ne m’inquiète pas pour autant, c’est une fatigue normale d’effort pour moi. De façon générale, bilan extrêmement positif : J’ai beau ne pas avoir eu de bonnes jambes, je n’ai jamais roulé à si haute intensité. Super ! Et concernant les points de test 2- et 3-, je valide à 200% ! Le riz est passé nikel chrome, aucune douleur au ventre, et ce malgré que je ne le mâchasse même pas (Le correcteur Word me dit de mettre « mâchasse » mais entre nous, c’est moche, non ?). Aucune lassitude du goût non plus, aucun écœurement. Vous ne pouvez pas savoir ce que ça fait pour moi de vivre une partie vélo de half sans avoir envie de vomir, de dormir, avoir la tête qui tourne, etc. C’est comme si je venais de resusciter. Et je dis pas ça parce que je ressemble à Jésus au passage. Donc, ce que je valide ce n’est pas tant le riz en lui-même que le fait de prendre des sucres lents à indice glycémique faible. Enfin, ça me ferait quand même marrer de continuer de manger du riz sur les courses parce qu’en Espagnol le riz ça se dit « Arroz » (Et en plus j'ai un nom de poisson, je sais, je sais...)

    Un autre de mes petits rituels de course, je fais toujours un test de fraicheur juste en descendant du vélo. Et là ça va très bien ! Bonne foulée assez bondissante, les muscles ne sont pas entamés, ça veut dire que je vais pouvoir courir normalement. Mais compte tenu de la forme qui reste moyenne, je ne sais pas quelle vitesse je vais pouvoir tenir. Je rentre dans le parc, vélo à la main, sur le bord on m’annonce 8ème.

    Si vous aimez le café, allez vous en refaire un 2ème parce que maintenant on est en T2. Là c’est pire que tout. Je m’assois par terre pour faire mes lacets (ouais j’ai oublié de mettre des élastiques sur mes chaussures), ensuite je mets mon short à fleurs, je mange quelques bouchées de riz, je bois une demi-bouteille de St-Yorre, et puis une fois que le soleil s’est couché et que tout le monde s’est endormi, je me décide à partir.

    CR Half de Lacanau - 8ème

    Premières foulées très surprenantes ! Je suis solide ! Et c’est un réel plaisir ! Petit ravito juste en sortie de parc, je me mets de l’eau sur la tête et je repars. Et soudain, Thomas Marin me double.

    Pour moi, c’est le déclic. Il ne me faut pas plus d’un instant pour me décider à appliquer la tactique « Chèvre terrestre ». C’est une technique que j’ai déjà expérimentée plusieurs fois : Sur un half de 3 tours à pied, le procédé consiste à rester à moins de 0,7 millimètre d’un triathlète, et d’attendre le troisième tour pour accélérer. A Priziac en 2015, j’avais eu le plaisir de faire exactement ce coup-là à Thomas Gazzera. La même année à Guidel, Sébastien Escola-Fasseur avait pu subir cette tactique lui-aussi. Pour l’athlète victime, il faut me supporter pendant 14km, moi et mes réactions à la con du genre : « Oh, stylé le chemin ! » ou « Haha ! Excellent cette petite côte ! ». Pour moi, en revanche, c’est très simple : Je reste derrière, sans réfléchir…

    Coup de chance pour moi, mon lièvre habillé 100% Hoka (couleurs vives, facile à repérer même en cas d’hypo) avance à 4’00.000000000 minutes au kilomètre. C’est d’une précision extrême. Et d’ailleurs, c’est louche. Si bien qu’à un moment je me pose vraiment la question de savoir s’il s’agit d’un cyborg ou d’un être humain. D’autant plus qu’il ne mange et bois que très peu. Et je connais la réputation d’Hoka. Toujours à la recherche de nouvelles technologies. Je les sens parfaitement capable d’inventer un robot-triathlète pour faire gagner des courses à leur Team. Bon, je laisse mon interrogation en suspens et continue ma route. Pendant un moment, je profite du fait qu’il n’y ait encore presque personne sur le parcours à pied. Nous sommes tous les deux, avec deux autres triathlètes en visu devant, mais tout autour il n’y a que du silence. Dans l’idéal, j’adorerai faire le semi-marathon entier dans ces conditions.

    Le premier tour est très facile, peut-être même un peu trop : Aucune douleur, aucune fatigue, je mange et bois comme il faut. Concernant la technique, c’est bien mieux que d’habitude, j’arrive à retrouver sans problème ce que j’ai pu travailler tout au long de l’hiver, ce qui me fait très plaisir considérant le fait que je suis sur le semi d’un half. Cuisses solides, mollets réactifs, dos plutôt droit. Ouais, je suis vraiment très facile pour le moment. Après 3km, je réfléchis, me demande si du coup je ne pourrai pas voler de mes propres ailes et prendre un rythme un peu plus soutenu. Mais quand je tente d’accélérer, les jambes se coupent. Mêmes sensations que sur le vélo, impossible d’aller chercher de la vitesse. Alors je reprends le rythme invariablement constant donné par Thomas Marin et….

    Attends, attends, on me la fait pas à moi… [T]homas [M]arin… « T » « M »… Les lettres « r, m, i, n, a, t, o »… Vous voyez ce que je veux dire ? Les mecs de chez Hoka ont juste vaguement modifié les lettres du mot « TERMINATOR », « Ter - Minator » pour faire « THOMAS MARIN ». Oh les cons… C’est bel et bien un robot. Ils ont cru que ça passerait inaperçu… Je trouvais bizarre aussi au début de la course à pied quand il m’avait fixé sans expression et m’avait demandé : « Sarah Connor ? » Sur le moment j’avais cru à une blague par rapport à mes cheveux longs. Mais maintenant je sais ce qu’il en est… Bref, robot ou pas j’ai un half à finir.

    CR Half de Lacanau - 8ème

    Le parcours à pied est magnifique et passe très vite dans sa première moitié : Un peu de plage, un sentier abrité au bord de l’eau, et une petite route sous les pins. Mais le retour est un peu plus dur à aborder. Il s’agit d’une piste cyclable exposée au soleil, vent de face, et presque en ligne droite. Pour ma gestion, je préfère continuer sur ma lancée de ne prendre en considération aucun élément extérieur. Quand il y a du vent, je prends sans réfléchir. Quand ça monte ou ça descend, je prends aussi. J’accepte tout, je me laisse tranquille dans la tête et je fais avec ce qui se présente à moi.

    En retrouvant le site de la course, ma première pensée est de me dire : « Déjà ! ». Il ne me reste plus que 14km de course à pied à faire dans ce half et je suis encore nikel dans la tête et dans les jambes. J’ai la sensation étrange que le manque de forme… me laisse en forme ? Réflexion à creuser… En attendant, c’est là encore une très bonne surprise. Je demande à Terminator l’allure au tour. « 3’59 John ! » me répond-il. Ah, petite défaillance dans le système d’exploitation finalement… Je vois le ravito de début de tour, et prends de la banane sans trop réfléchir. Mes bidons de St-Yorre sont presque à sec, alors je prends de l’eau plate et repars. Terminator a pris un peu d’avance car il ne s’est pas arrêté, mais j’arrive à le rejoindre un peu plus loin sur la partie sableuse.

    Et nous voilà repartis sur le deuxième tour. Avec nous, Lilian Jégou que nous venons de rattraper. Mais ce dernier ne suit pas le rythme robotique de Thomas. Alors nous le laissons et repartons dans la forêt. Désormais, il est impossible de faire la course pour la place. Il y a beaucoup trop de gens qui avancent chacun à une allure différente. J’encourage les triathlètes que je reconnais, je saute par-dessus une petite racine, et le ravito de moitié de tour arrive assez rapidement. Une nouvelle fois, je prends des bananes et de l’eau plate. Et presque soudainement, je commence à me sentir un peu moins bien. Sûrement y’a-t-il un effet placebo inverse du fait que je ne comptais manger que des sucres lents à IG faible, mais il se trouve que le goût du sucre m’écœure très rapidement. Et quand je m’imagine manger du riz, ça me fait beaucoup plus envie. Je pourrai en manger, car j’en ai dans une sacoche, mais j’ai fait un choix : Celui de suivre Thomas. S’il n’avait pas été là, j’aurais continué d’en manger. Mais le problème est que je ne peux le faire qu’à l’arrêt. Ce qui m’aurait fait lâcher mon lièvre. En début de saison, la forme un peu douteuse, je préfère faire une impasse sur la bouffe pour conserver le rythme de course de Thomas qui me va parfaitement bien. Impasse relative cependant, puisque je continue de manger. Certes, j’aurais aimé tester le riz sur l’ensemble de la course mais ce n’est pas grave, on fera ça une autre fois !

    La route du retour passe encore une fois très bien. Cela fait 11km que je lis « HOKA » à chaque pas, mais ça ne me pose pas de problème. Très sincèrement, c’est une très belle trifonction. Je n’irai pas jusqu’à l’acheter, quoiqu’elle irait très bien avec un short à fleur, mais force est de reconnaitre que le design est très bon… Ca c’est pour vous dire qu’il n’y a pas grand-chose à faire en courant à part commenter les trifonctions dans sa tête.

    Un peu plus loin, proche de la fin du tour, nous retrouvons les meilleurs supporters du jour, les triathlètes d’Ivry. Je ne sais pas si j’ai déjà été aussi bien encouragé de toute ma vie. Si je pouvais, je ne ferais que des allers-retours devant eux pendant 21km. Génial, merci à vous si vous lisez ce compte-rendu !

    CR Half de Lacanau - 8ème

    Demi-tour, on repart sur la dernière boucle dans la cohue totale : Il y a des triathlètes dans tous les sens, partout. C’est la guerre. Un homme s’écroule devant moi. Un autre trébuche sur lui et vient renverser les trois tables du ravito. Un camion explose, une douzaine de triathlètes se retrouvent au sol. Les balles fusent, l’odeur de la cendre, les cris, la peur… Bon, j’exagère mais à peine. Atteindre la table de ravitaillement est un chemin de croix. Mais j’arrive à trouver une banane, de l’eau, et du coca. Aïe. Mauvais signe. Quand on a besoin de coca sur une course, c’est que c’est la fin. Le coca, c’est la solution de secours. Terminator ne s’est toujours pas arrêté. J’ai pris une dizaine de secondes de retard, alors je repars en courant plus vite. Mais aussitôt, je comprends que j’entre dans une phase compliquée. Le coca, la banane et l’eau plate passent moyennement bien. Je me sens un peu vaseux et j’ai le corps qui se crampe de partout. Chez moi, c’est le signe de l’hypo ou d’une petite déshydratation. Fichtre. Et je n’ai que très peu de marge pour accélérer. Je parviens tout de même à rejoindre Schwarzi mais il est maintenant clair pour moi que je ne pourrai pas appliquer la phase finale du protocole Chèvre Terrestre. Thomas avance trop vite, accélère un peu pour tenir les 4’00 de moyenne, tandis que moi je faiblis. Toute la partie ombragée n’est pas si dure pour moi, j’ai l’impression d’être un peu plus à l’aise que mon compagnon sur les parties trail. Mon hypothèse est que le logiciel des robots n’est pas assez sophistiqué pour optimiser les appuis sur les terrains aléatoires. Mais quand arrive la route dans les bois, à 5km de l’arrivée, mes jambes commencent à se contracter. Je tiens le plus possible, mais décide finalement de ralentir après 1km. Si je résiste, je risque d’exploser à 2 bornes de l’arrivée, ce que je ne souhaite pas. Alors je laisse Thomas en lui glissant un dernier petit mot :

    CR Half de Lacanau - 8ème

    Dès lors que j’ai lâché Thomas, tout retombe. Il y a tellement de monde que je ne sais pas s’il y a des triathlètes juste devant ou derrière moi dans leur troisième tour. D’un naturel peu hargneux, je ne ressens pas le besoin de finir la course à moitié mort juste pour gagner 20" ou une place au classement. Alors je ralentis, m’arrête au ravito, prends un coca et une banane et…

    Et je recrache tout avec une violence extrême, sous le regard interrogateur des bénévoles et du triathlète sur qui j’ai craché. Parce que, je ne sais pas si vous l’avez testé chez vous, mais mettez un morceau de banane dans un verre de coca. C’est comme avec du mentos. Sauf que là c’était dans ma bouche. J’ai cru que j’allais exploser. J’ai expulsé un geyser de mousse et de banane à moitié mâchée, croyez-moi c’était splendide. Heureusement, la fatigue m’a empêché d’en rire et je suis reparti en disant « Hmnargouais ! » au bénévole qui me demandait : « Ca va ? »

    Revenir sur la piste cyclable est un peu plus dur que dans les tours précédents, mais j’arrive petit à petit à retrouver des forces, provenant de je ne sais où. Je reprends même un très bon rythme en slalomant entre les gens avec des tours de retard. La course n’est pas finie mais je me fais déjà le bilan que je n’ai jamais aussi peu souffert de l’effort sur un half. Il y aura matière à analyser après la course, notamment en rapport au fait que je me suis entrainé moins et différemment cette année. Mais allez, il me reste encore 2km. Il fait super beau, assez chaud, je prends un peu de recul pour profiter du plaisir de finir un half sans être cramé. Je rejoins le bord de l’eau, passe devant les hooligans d’Ivry, et referme ma trifonction pour le dernier kilomètre. Ouais, ça aura été une super course. Très bien menée. Pas extra au niveau de la perf mais à ce moment, je trouve ça presque secondaire. D’ailleurs, je réalise que je n’ai jamais su ni cherché à savoir ma place pendant le semi. En sprintant dans la dernière ligne droite, j’entends que le speaker m’annonce 8ème. Je lève les bras, je suis super content d’avoir passé un bon moment et d’avoir fait les choses proprement.

    Derrière la ligne, les muscles sont un peu raides. Normal, je n’ai bu presque rien dans le dernier tour pour gagner du temps. Mais avoir des pépins physiques comme ça, tant que c’est lié à un choix que j’ai fait, ça ne me pose pas de souci. Voilà, finish ! Farpait.

    CR Half de Lacanau - 8ème

    Sans attendre, je me plonge dans un bilan tant que j’ai tout en tête. Au niveau de la natation, piraterie intersidérale. Mais la conclusion est plus sérieuse que ça : J’ai trouvé un mode d’entrainement qui me va très bien et qui confirme ce que je pense de l’entrainement natation : C’est moins compliqué que l’on croit pour progresser. Pour l’alimentation, même avec effet placebo, le riz et la St-Yorre sont passés incroyablement bien, incomparable avec ce que je prenais avant. Il faudra trouver une forme transportable et mâchable pour le riz, mais je pense tenir quelque chose qui me convient bien. En vélo pas de surprise sur la forme, je sais très bien pourquoi j’avais ces jambes-là. Mais au-delà de ça, assez intéressant de voir que j’ai réussi pour la première fois à tenir une grosse intensité. Mon entrainement vélo a lui aussi été particulier depuis cet hiver, je pense qu’il me fait progresser plus efficacement qu’avant. Après j’en manque, ça c’est indiscutable. Et à pied il a été parfaitement sensible et évident que la muscu et la technique me permettent de prolonger mon effort sans me fatiguer. A poursuivre, donc. Pour les trois sports, le bilan est super. 8ème place au final, ça je ne sais pas vraiment comment l’analyser mais ça me fait bien plaisir. Les gars arrivés devant moi sont très sympas en plus.

    Au ravito d’arrivée, je passe d’abord un moment à discuter avec Thomas, qui finalement s’est révélé être quelqu’un de très humain. Après quoi, juste avant de reprendre la route vers la Bretagne, j’ai achevé cette longue et belle journée par quelques échanges avec Maxime Quiviger. Et tu vois, Max, en commençant ce CR, j’aurais jamais cru que la dernière phrase serait celle où je te traite de parigot.

    CR Half de Lacanau - 8ème

    « C'est quoi le "mental" en triathlon ? C'est quoi la prépa mentale ?CR Tribreizh - 3ème »

  • Commentaires

    1
    Jplb
    Jeudi 10 Mai à 09:54
    C'etait pas Ivry mais Concarneau à mon avis :)
    2
    Jeudi 10 Mai à 12:28

    Hahaha tout à fait, mais Ivry a été plus stratégique : Ils se sont mis dans une zone où il n'y avait personne d'autre qu'eux ! :)

    A+ Jean-Philippe !

    3
    Jplb
    Jeudi 10 Mai à 19:06
    je ne les avais pas vu. J'en profite pour te dire que ta T2 peut être améliorée. J'ai cru que t'allais sortir le barbecue
    4
    Jplb
    Jeudi 10 Mai à 19:09
    Félicitations pour ta belle course
    5
    Kurios
    Jeudi 31 Mai à 08:42

    Super le CR, et choisir de tester en course et pas à l'entrainement, c'est risqué, mais payant !!!

    Pourquoi pas des pâtes semi-complete a la place du riz ? Plus facile a manger je dirais !!!

    En tous cas, penser source d'énergie et apport d'oligo-éléments c'est clair, c'est obligatoire. Limiter les sucres rapides en courses c'est presque une évidence en fait, et ça évite les pics de sécrétion d'insuline ...Et du coup les coups de pompes ( CF Coca Cola, une vraie merde !!!)

    Kenavo

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