• CR - Guidel 2015

                  L'entendement commun... Vous voyez de quoi je veux parler ? Les règles plus ou moins acceptées par tout le monde concernant l'effort, l'entrainement, la compétition ? C'est de ça qu'on va parler aujourd'hui :

     

    L'E.B.A - 2/4 : Idéaliser vs. Rationaliser

                    Quand j’attends le départ, je me sens bien. Le départ va être donné dans 5 minutes et je n’ai rien à faire. Voici ce que, selon l'entendement commun, je devrais faire pour être prêt au moment du départ :

                    Echauffer mes bras, pour que le sang circule, pour que la température monte, que le système nerveux s’active, patati patata, on a tous lu les magazines de course à pied de base, et faire des petits bonds également. De cette façon, je pourrai commencer ma course sans aucun risque de blessure, d’hypoxie musculaire, de désordre digestif, etc… Les arguments sont plutôt évidents.

    L'E.B.A - 2/4 : Idéaliser vs. Rationaliser

                    Mais je ne fais rien. Pour la simple raison que je ne ressens pas le besoin de m’échauffer. Et je n’ai pas envie non plus. Je me sens content, je discute avec Ludo, et quand je pense à la course qui va venir, je suis serein. Pas serein sur ma performance brute, serein sur la réalisation. Je me sens apte à faire une bonne gestion de course. Je décide donc de faire confiance à mes sensations. J’arrive au départ sans être échauffé.

                    Après le coup de canon, je pars vite sur 100m, comme sur n’importe quel triathlon, puis vient le moment de rentrer dans le rythme de nage régulier. Voici ce que je devrai objectivement faire selon l'entendement commun pour faire une partie natation idéale :

                    Me mettre à une vitesse que je sais pouvoir tenir jusqu’au bout, en me fiant par exemple à ma respiration. Ne pas mettre trop de jambes, car il faut les ménager pour le vélo et la course à pied. Se mettre derrière un autre nageur pour profiter de sa vague. Ralentir dans les 200 derniers mètres.

    L'E.B.A - 2/4 : Idéaliser vs. Rationaliser

                    Mais une fois les 100 premiers mètres passés, et bien… j’accélère. En mettant plein de jambes. Pour la simple raison que j’ai envie d’accélérer. Je sais que je ne pourrais pas tenir ce rythme plus de 300m, mais à ce moment précis, c’est le rythme que j’ai envie d’adopter. J’ai une sorte de pensée mi-consciente qui me dit : « Vas-y, c’est comme ça qu’il faut faire ! » Donc je continue.

    L'E.B.A - 2/4 : Idéaliser vs. Rationaliser

                     Après le premier tour, je me sens un peu fatigué. J’ai mal aux bras, et j’ai moins envie d’aller vite. Du coup je vais moins vite. Mais quand deux gars reviennent à ma hauteur pour me doubler, ça me redonne le sourire, alors je les suis et fini la partie natation à un rythme que je trouve trop rapide.

    L'E.B.A - 2/4 : Idéaliser vs. Rationaliser

                    Peu importe, en sortant de l’eau, j’ai du souffle. Je cours vers le parc à vélo à fond et me change à la vitesse de l’éclair. D’un petit éclair. D’un petit éclair en fin de vie. Et enfin je pars à vélo pour 90km. Dès les premiers coups de pédale, je devrai objectivement faire ceci selon l'entendement commun :

                    Me mettre à une vitesse cohérente par rapport à : mes capacités / ma fatigue du moment / ma fatigue générale / la météo. Une vitesse que je connais pour l’avoir travaillée à l’entrainement. Comme nous sommes sur une épreuve d’endurance longue, il faudrait que je tienne le même rythme tout du long pour être sûr de gérer au mieux mon stock énergétique et partir sur le semi-marathon en forme. Je devrai également étaler régulièrement mon hydratation et mon alimentation sur des intervalles de temps calculés très précisément à l’avance.

    L'E.B.A - 2/4 : Idéaliser vs. Rationaliser

                    Sauf que… je gère ma partie vélo comme un enfant de 5 ans : En montant sur le vélo, il pleuviote. Ca me chagrine, du coup je ne vais pas trop vite. Après 12km, Thomas me double. Je suis super content, alors j’accélère brutalement pour le suivre. Au kilomètre 36, Seb nous double à fond. J’accélère de nouveau brutalement pour le suivre. Derrière, un petit groupe nous suit. De temps en temps, Seb et moi tentons des accélérations. Je me trompe de parcours une fois, deux fois, trois fois, je perds un bidon d’eau sur la route, et je rate un virage en descente. Pendant ce temps, je mange au feeling total. Je ne bois que par 10 gorgées. Et je prends un gel tous les…. Bah tous les rien ! Je prends en gel quand je baisse les yeux sur mon cadre et que je me dis : « Tiens ! C’est vrai qu’ils ont bon goût ces gels ! Allez hop ! Un petit pour la route ! ». De façon générale, je ne fais que ce que je trouve sympa à faire. Tout ça pour arriver au 70ème kilomètre où Seb et moi attaquons pour de bon. Nous finissons à deux la partie vélo et effectuons l’un comme l’autre une transition raisonnable (raisonnable à l’échelle des temps cosmiques…).

                    Vient le moment du départ à pied ! C’est presque le moment le plus simple à vrai dire. Selon l'entendement commun, voici ce que je devrai faire à ce moment précis :

                    Me mettre à la vitesse que je sais pouvoir tenir sur 21km. Là encore, une vitesse travaillée sur des séances spécifiques à l’entrainement.

                    Mais que nenni !!! Je pars avec Seb et me dis : « Ce vieux briscard sait ce qu’il fait. Je vais rester dans ses pieds pour le premier tour ». La vitesse, je n’en ai aucune idée. J’ai l’impression d’être… bien. Et en général, quand je ne sais dire comment je me trouve, c’est que je suis vraiment très bien. Tous les deux, nous découvrons ce très beau parcours à pied en sous-bois. Pour nous occuper, nous échangeons quelques mots, voire des phrases entières. A un moment nous parlons même de choses sans rapport avec la compétition.

    L'E.B.A - 2/4 : Idéaliser vs. Rationaliser

                    Le second tour arrive, et je suis toujours avec Seb. Comme on est encore loin de l’arrivée, je décide de rester dans ses pieds encore un tour. Dans les bosses, il va un peu moins vite que moi, mais il me rattrape dans les descentes. Au final, nous restons solidaires pendant 14km.

    L'E.B.A - 2/4 : Idéaliser vs. Rationaliser

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                     Plus qu’un tour. Et comme ça va, comme je me sens d’humeur joviale, j’attaque. Seb tient, mais je pense que dans la petite côté qui va venir je peux le distancer. Alors j’attends la côte et puis… Nouvelle attaque. J’essaye de ne pas me retourner. Pas pour rester concentré, juste parce que mes chevilles n’aiment pas trop les cailloux et les mottes de terre. Au contraire, je n’ai qu’une envie, c’est de gueuler sur Seb pour qu’il reste avec moi ! Mais comme je ne sais pas s’il est loin ou non, je continue. J’ai des jambes, alors je relance à chaque virage. Et quand je l… « Colin, y’a Sylvain qui est juste devant, il marche, il est mort ! ».

                    Quoi quoi quoi ?? Sylvain ?? Sylvain qui ???

                    Ah oui tout juste… Je double Sylvain Sudrie 300m plus loin. Il me fait signe qu’il ne va pas bien. Bon, je le double. Et... Je ne sais pas quoi penser, je ne sais pas quoi dire. Alors… Alors j’accélère ! Plus que 2km et la fatigue musculaire commence à arriver. Le dernier ravito, et puis j’entends le speaker au loin. Dans la descente, je fonce. Tant pis pour mes genoux, on verra ça plus tard. J’ai envie de courir vite. J’ai envie de me défouler. J’ai envie de m’arracher, de me faire le plus plaisir possible. C’est le dernier tri LD de la saison, je veux savourer chaque mètre qu’il me reste. Et comme je savoure toujours mieux quand je vais vite, alors je relance encore une fois. Je débouche sur la route, au moment où le vélo ouvreur m’annonce : « 500m ! ». C’est génial ! J’accélère encore !! Je suis sûr que ma vitesse n’a absolument pas bougée, mais j’accélère quand même ! C’est ça que j’aime dans le sport ! Etre dans l’effort ! Courir ! Et courir vite ! Plus que 200m malheureusement ! Et là…

                    Et là je me reconnecte…

                    En sport, certains parlent de « débrancher le cerveau » quand c’est dur et qu’ils veulent aller vite. Moi c’est l’inverse. Quand ça va super bien, que tout roule, c’est là que je débranche. Quand je suis bien, je n’ai pas envie de réfléchir. Je veux juste savourer, et capter ce qui est bon. Y’a pas besoin de cerveau pour voir un paysage, pour sourire aux gens, pour encourager Seb ou Thomas. Y’a pas besoin de cerveau pour réguler quoi que ce soit quand on va bien… Mais là…

                    Je me reconnecte. Je suis dans la dernière ligne droite, et tout me revient à l’esprit : J’ai géré ma course n’importe comment et en même temps, je l’ai géré exactement comme j’avais envie. Pas d’hypo, pas de douleur, aucune émotion négative. Tous les voyants sont au vert. En petit cadeau bonus, je suis en train de gagner un half-Ironman. Qu’est-ce que je pourrais dire de plus…

                    Rien.

                    C’est pourquoi je re-débranche le cerveau dans les 100 derniers mètres qu’il me reste, juste pour profiter encore un peu, juste pour me forger des souvenirs pour tout l’hiver…

     

    L'E.B.A - 2/4 : Idéaliser vs. Rationaliser

     

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  • Commentaires

    1
    Christophe
    Samedi 26 Septembre 2015 à 07:03
    Salut Colin, bravo pour ton sourire, ta joie, ton short et ta 1ère place ! En tant que novice dans le triathlon et dans le sport tout court ( et oui, à 45 ans, je courais pas trop après le sport mais j'ai mis le doigt dans le triathlon et je suis en train de devenir accroc !) , je lis beaucoup les théories scientifiques sur le sport, l'entrainement ( j'aime bien comprendre les choses) mais en même temps j'ai juste envie de me faire plaisir en pratiquant le tri. Alors j'essais de me servir un peu des sciences sans trop me prendre la tête mais tout en continuant a me faire plaisir. J'avoue que pour l'instant cela ne me réussi pas trop mal ( je fais pas de podium mais je m'amuse bien sur mes courses au format S !). voila , je voulais juste te partager mes impressions. En tout cas, je m'inspire aussi de ton mode d'entraînement, c'est pour ça que je t'encourage à continuer ton blog et à garder ton sourire et ton short aussi! PS: l'année prochaine je vise le format M et peu être un jour, je te croiserai sur un L !!!
    2
    Samedi 26 Septembre 2015 à 11:40

    Salut Christophe !

    Tu as parfaitement raison, le bon compromis se trouve toujours dans la modération ! Moi aussi j'ai les théories scientifiques dans un coin de ma tête quand je m'entraine ! Mon "message" dans cet article est plutôt ce que tu dis très bien : "mais en même temps j'ai juste envie de me faire plaisir en pratiquant le tri. Alors j'essais de me servir un peu des sciences sans trop me prendre la tête mais tout en continuant a me faire plaisir."

    A bientôt sur un tri S / M / L ou même XL qui sait !? :)

    3
    Greg
    Samedi 26 Septembre 2015 à 22:00
    Salut Colin
    Juste merci
    4
    Samedi 26 Septembre 2015 à 22:13

    Les plus petits commentaires sont parfois les plus touchants,

    merci à toi ! :)

    5
    Mikael
    Mercredi 30 Septembre 2015 à 10:43

    Salut Colin,

    encore merci pour ton blog. Merci également d'éveiller nos consciences glasses

    Je te rejoins complètement sur la pratique du sport "au plaisir et à la sensation" et comme toi (il me semble) je m'inspire de la philosophie de Stéphane Brogniart (entre autre).

    Je pense malgré tout que pour un sportif débutant, les entraînements calibrés permettent d'apprendre à  se connaître, de progresser relativement rapidement et de n'avoir pas trop de questions à se poser... C'est (à mon sens) un premier passage obligé!

    Dès lors que l'on se connaît un peu plus (et si on ne se retrouve plus dans cette méthode d'entraînement), il est alors temps d'expérimenter une autre voie.

    Concernant la gestion de course dite "de la médecine", je pense qu'elle est également adaptée pour un sportif débutant qui souhaite avant tout terminer son épreuve dans un état "correct". Si l'on recherche la performance, c'est une autre question...

    Je ne pratique pas le triathlon mais la course à pieds (trail principalement). En trail (et tu le sais aussi bien que moi), il est pratiquement impossible de "calculer" à l'avance en se basant sur une allure "théorique"... Le profil de la course (dénivelé, technicité...), l'incertitude sur la distance réelle de course (varie parfois de plusieurs kilomètres), les conditions météos, la gestion de l'alimentation... ne laissent pas beaucoup de place à la planification "millimétrique" de la course.

    Il y a pour moi un facteur primordial à prendre en compte pour la gestion de course (principalement pour des épreuves de "longue" distance) c'est la force (ou la faiblesse) du mental. Les facultés physiques, physiologiques, l'entraînement... c'est une chose, mais la volonté, l'envie, la motivation... c'en est une autre.

    Difficile pour la science de "rationaliser" ce dernier aspect winktongue

    Bonne continuation!

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