• Auvergne 2015 #3 - Un champion...

                   L’Histoire que je m’apprête à vous raconter est celle d’un triathlète modeste, évoluant dans l’ombre, que j’ai le plaisir d’avoir avec moi sur ce stage dans le Massif Central. J’ai eu beaucoup de mal à trouver les mots justes pour parler des moments que j’ai pu partager avec cet homme. Dès lors, je crains avoir quelque peu romancé certains passages pour permettre à un public large de comprendre l’intensité de ces deux belles journées d’Avril...

     

                   L’Histoire que je m’apprête à vous raconter est celle d’un triathlète modeste, évoluant dans l’ombre, que j’ai le plaisir d’avoir avec moi sur ce stage dans le Massif Central. J’ai eu beaucoup de mal à trouver les mots justes pour parler des moments que j’ai pu partager avec cet homme. Dès lors, je crains avoir quelque peu romancé certains passages pour permettre à un public large de comprendre l’intensité de ces deux belles journées d’Avril...

     

     

     

    1-Introduction

     

     

     

                   Après une nuit réparatrice, je me dirige vers la table à manger commune pour prendre le petit-déjeuner. Arrivant dans la pièce principale, je constate que les deux places à l’extrémité droite de la table sont vides. Je m’installe à l’une d’elle et coupe une baguette encore fraîche. A côté de moi, Adrien somnole dans une tartine à la confiture de fraise, redoutant la suite. Sur les chaises restantes, des personnes silencieuses. Toutes craignent de perdre de précieuses forces en prenant la parole. Ce tableau me fait penser à la modeste famille auvergnate, prostrée, attendant le levé du jour pour s’occuper du champ de blé qui lui permettrait de rester en vie l’hiver à venir. Même le soleil ne semble pas vouloir passer par les fenêtres poussiéreuses du gîte.

     

                   Mes pensées se figent net. Il arrive dans la pièce, déjà habillé en tenue de course à pied, les yeux plissés et le torse droit. Sous sa casquette Noret qu’il porte avec fierté, se trouve une figure marquée par un passé lourd. Un passé fait de souffrances, de labeur, de sacrifices. Un passé de  forçat, un passé de breton. Je jette un regard à la table, et ce regard me glace le sang. Plus qu’une seule place de libre. Pétrifié, je ne peux qu’attendre qu’il s’installe en face de moi. S’asseyant, il saisit une hache de boucher puis, d’un geste franc et sûr, découpe en deux son pain de campagne au graines de sésames. Les autres comprennent de suite. Tous se lèvent en une vague puis disparaissent dans les pièces mitoyennes. Je me retrouve seul avec lui.

     

                   Mes mains moites n’arrivent pas à attraper mes tartines. Et je n’ai pas le courage de prendre mon verre pour boire. Je reste là, les yeux grands ouverts sur ma pitance, attendant dans l’angoisse. Devant moi, l’homme... enfin... l’athlète, se nourrit. J’ose une observation furtive. Un short court laissant à l’air libre des quadriceps digne d’un boeuf russe des années 80, un t-shirt vert moulant un torse usé par le chlore des piscines de France, des bras tannés par les heures passées sous le soleil du Nord-Finistère, j’ai devant moi un être indescriptible. Il finit son repas, se lève, se cure les dents avec sa hache avant de la planter dans la table, fendant un chêne massif plus dur que le roc. Je le vois se retournant puis marchant pour quitter la pièce afin de rejoindre sa chambre. Je souffle d’une traite toute la peur que j’ai emmagasinée pendant cet instant qui parut interminable.

     

                   J’ai survécu à cette première épreuve, mais je crains que la sortie de course à pied de cet après-midi ne me soit pas aussi favorable. Surtout face à cet homme. Car il est prêt, et il le sait.

     

                   Manu.

     

     

     

    2-Le Puy Mary

     

     

     

                   Le Puy Mary, c’est 217 marches réparties sur 650m d’ascension vous rapprochant de 187m du paradis. Après un aller-retour d’échauffement, nous décidons tous les huit de nos heures de départ. Le but est de rattraper les gens partis avant soit, pour créer une motivation supplémentaire. Tout le monde se met d’accord et se prépare à y aller. Mais une remarque se fait entendre. Manu, lui, s’oppose au groupe. Stipulant qu’il est en bonne forme, il décide de partir avant dernier. Ainsi il devra rattraper, sans flancher, J-C, Martial, Adri, Pascal, Emily puis Marie-Do. Quant à moi, je devrai rattraper Manu. Alors que les autres s’élancent un à un, Manu leur adresse un petit mot. Sûrement que sa sérénité lui permet cette décontraction. Avant de partir lui même pour son contre-la-montre, il se retourne vers moi et me montre qu’il est à l’aise : « Tu pars 45 secondes derrière, c’est ça ? ». J’acquiesce de la tête avec un sourire, comme un enfant devant sa star de foot préférée. Et le voilà qui se penche en avant et pousse sur sa jambe droite. Le Puy Mary n’a qu’à bien se tenir.

     

                   Pendant les 45 secondes d’attente, je tourne en rond en trottinant. Manu me parait partir avec une foulée légère et bondissante. Et forcément, cela me met un petit coup de pression. Le chronomètre m’indique qu’il me reste 15 secondes. Manu est déjà loin, très loin. La montée est en pente régulière et parsemée aléatoirement de marches grandes, petites, hautes, basses, rendant la progression difficile et la gestion impossible. Mais Manu ne semble pas souffrir des caractéristiques du terrain. Plus que 5 secondes. Le Puy Mary, mont isolé à l’Ouest du Col du Pas de Peyrol, se dresse, presque insolant dans ce massif brun. Je me concentre.

     

                   C’est parti. La première rampe est en pente « douce » compte-tenu de ce qui suit. En gros, 200m à 15% contre 400m à 35%. J’adopte une petite foulée et baisse la tête. Quelques pas déjà et je rentre dans une petite méditation sur l’effort. La douleur, si on peut parler de douleur en sport, est modérée. J’ai le sentiment de pouvoir tenir jusqu’en haut à cette intensité, mais je n’en suis pas sûr. 50m de parcouru et l’acidité arrive progressivement dans les cuisses. Les mollets vont bien, sauf peut-être le tendon d’achille gauche. L’entorse est encore fraîche. Bah ! Je me pose trop de questions ! Je vais plutôt décoller les yeux du sol et...

     

                   Ce que je vois est surprenant. Alors qu’il avait 45 secondes d’avance en commençant, et que j’étais certain de lui reprendre au moins 5 ou 10 secondes au bout de ces 200m d’ascension, Manu est, pour mon plus grand étonnement, à 5m devant moi. L’homme est affaissé, lourd, se fondant presque avec le sol en frappant le ciment de ses pas raccourcis. En le doublant, son visage attire mon attention : Une respiration rauque sort de sa bouche tordue par l’effort, se couplant avec des paupières mi-closes et des cheveux humides collés sur son front blanc. En fin de portrait, un filet de bave se disperse sur un menton barbu avant de se mêler à une sueur chargée de désespoir et d’abandon. Je ne sais quoi penser... Me remettant en question brièvement, j’arrive à la conclusion non-certaine que je suis à la bonne allure. Alors je continue au même rythme.

     

                   La vue est superbe au sommet. L’impression que tout le monde partage est celle de surplomber l’Auvergne, tellement nous sommes proche du centre du massif. Un léger vent rajoute le sentiment d’être dans le ciel, et rafraichit nos visages boursouflés par l’effort récemment produit. Mais cette étendue de ciel bleu nous empêche de raisonner sur autre chose que le paysage. Tous les sept, nous parcourons des yeux pendant plusieurs minutes ce panoramique sans fond, posé sur ce caillou que l’on pourrait croire flottant dans le vide.

     

                   Bien plus tard, Du bruit se fait entendre en provenance du chemin. De suite, J-C éteint le réchaud portable sur lequel cuisait une deuxième fournée de pâtes tandis que les autres et moi-même sortons des petites tentes que nous avions monté. La tête de Manu apparait, puis le buste, et enfin les jambes. Les quelques mètres restant semblent lui opposer une force importante. A peine touche-t-il la pierre symbolisant le sommet du Puy que Marie-Do s’empresse de lui demander son chrono. L’homme ne peut plus. L’homme ne peut pas. Rassemblant les forces qui lui restent, il se hisse, annonce son temps, et repart en arrière. Nous restons tous ébahis devant se spectacle. J’ai vu cette silhouette disparaitre au loin, ne laissant dans la neige que ces quelques empruntes, seules traces d’un court passage sur ce haut sommet.

     

     

     

    3-Les trois cols

     

     

     

                   Le lendemain est l’occasion pour Manu de montrer ses véritables capacités, cette fois-ci sur un vélo. 3 cols sont prévus aujourd’hui : un premier peu pentu mais assez long, un autre très pentu mais court, et enfin un vrai col (pentu et long). Dès les premiers mètres, Manu nous fait comprendre qu’il est présent. A peine la première ascension entamée vers Lioran qu’il file en tête de peloton et se lance dans un relais suicide. De temps à autres, il se retourne puis pose des petites attaques. Sans doute pour nous montrer qu’il peut nous laisser sur place quand il le veut. Nous commençons à avoir peur. De derrière, nous ne voyons que ses mollets taillés au couteau et son maillot Polti qu’il porte avec honneur. Mais malgré la confiance qu’il dégage, le tempo n’est pas impossible à tenir. Nous sommes d’ailleurs installés confortablement dans sa roue, attendant de voir ce que nous réserve notre ami. Alors, baissant la tête sur notre guidon, nous attendons que la vitesse augmente, car nous savons pertinemment que notre partenaire en garde sous la pédale. Il reste 6km et Manu va produire l’effort décisif qui nous fera regretter d’être cyclistes...

     

                   Au dessus des règles arbitraires du sport, Manu ne participe pas au sprint en haut du col. Nous le savons, car nous sommes tous assis dans l’herbe, attendant. Je commence d’ailleurs à avoir un peu froid. De son côté, Adrien mange une compote. La 17ème, si j’ai bien compté les emballages vides à ses pieds. Devant moi, Pascal et Martial jouent avec des cailloux plats qu’ils ont rassemblés. Adossé au talus, J-C sculpte un petit bout de bois. Soufflant une dernière fois dessus pour enlever la sciure, il place le bâtonnet dans un espace convenant à sa forme. Le tout ressemble à une petite cabane de montagne. Très ressemblant... « 133 ! » Annonce J-C. Je devine qu’il s’agit du nombre de bout de bois...

     

    Voilà enfin Manu qui arrive, humble. Le regard est porté au loin, vers l’avenir. On le dirait haletant et transpirant, mais je pense avoir mal vu... Ne s’arrêtant pas même une seconde, il repart en direction du second col. Nous attrapons tous notre vélo et lui emboîtons le pas.

     

                  

     

    La descente se passe sans encombre. Toutefois, Manu se montre plus discret. Ce qui ravise notre frayeur. Au pied du deuxième sévisse, nous décidons tous de partir en décalé, comme la veille. Cette fois, Manu ne demande pas à partir dans les derniers. Il s’élance en 3ème position, derrière Adri et Pascal. Les deux gars savent qu’ils ne tiendront pas longtemps en tête... Après 2min30, je m’engage à mon tour. J’ai pour objectif de ne pas perdre de temps sur Manu. Je suis le seul assez ambitieux pour oser projeter cela. Quand je l’ai annoncé avant de partir, les autres m’ont d’ailleurs ri au nez. Me voilà donc dans la première rampe, assez raide, entamant un effort d’à peu près un quart d’heure. Tout seul, loin des autres et de tout bruit, je m’abandonne dans mes pensées. Je me demande où peut bien être Manu. Je l’imagine volant vers le col de Pertus, explosant un KOM que jamais personne ne pourrait reprendre. Mais une tâche noire attire mon oeil au loin. Etrange. Qui cela peut être ? Je regarde ma montre qui me donne 360 mètres parcourus. Si c’est un cycliste que j’aperçois là-haut, il s’agit sans nul doute de J-C, le dernier parti avant moi. J’accélère légèrement, curieux d’être enfin fixé.

     

                   73 mètres plus tard, je double un Manu étrangement posé sur son vélo. Le front est littéralement collé au guidon, les jambes ne tournent presque plus et ses bras peinent à contrôler la direction, produisant une trajectoire très incertaine. Je n’ai presque pas le temps de l’observer en le passant. Mais je ne suis pas bête. Sachant qu’il manigance une contre-attaque, je me concentre et me prépare à le voir me dépasser en trombe. Par politesse, et par respect, je me place tout à droite de la route. J’aimerais me retourner, mais je crains de faire croire à Manu que je doute de lui. De toute façon, je ne devrais pas tarder à le voir débouler. J-C et Martial que je vois devant moi vont être mangés à la même sauce. Cela me fait presque rire. Ah ! Quel homme incroyable ce Manu...

     

     

     

                   Le vent en haut du col me rappelle la Bretagne. Je rajoute un manteau pour ne pas prendre froid. « Et hop ! 6ème hôtel sur la Rue de la Paix ! ». Pascal place la petite bâtisse rouge en plastique sur la case citée puis se lève : « Aaaaarg !  » Le voyant s’étirer, je le devine ankylosé. Et Martial de lancer le dé, contournant de son bras gauche les 350 000 francs rangés devant lui. « Et voilà ! » Je me tourne vers l’exclamation que je viens d’entendre. J-C est allongé, bercé par le vent, dans un hamac fait de lianes qu’il vient de finir de construire entre deux arbres. Remodelant le petit oreiller confectionné par ses soins, il pose sa tête et s’endort. « Colin ? ». Je tourne la tête vers Adrien. « Tu peux me prêter ton portable ? Je viens de finir mon forfait de 6h d’appel... » Je retourne rapidement dans le tipi que J-C nous a construit pour prendre mon téléphone puis ressort et le donne à Adrien. Alors que j’allais descendre un peu plus bas dans la vallée pour refaire le stock de baies, j’entends un bruit mécanique en provenance du versant Sud du col. Mais Martial est plus rapide que moi : « Manu arrive ! ». Alors, nous nous précipitons pour l’accueillir. Arrivant à notre hauteur, il ne déchausse pas. Il continue, imperturbable, enfilant son coupe-vent alors qu’il bascule dans la descente. Aussitôt, nous sautons sur nos montures et tentons de le rattraper. Juste en bas de cette descente commencera le col « objectif » de la journée : le col du Pas de Peyrol...

     

                   De nouveau, nous partons séparés les uns des autres. Je me tourne vers J-C, discutant des temps que nous allions laisser entre chaque personne. Alors que nous discutions, Manu vient nous séparer, passant entre nos deux vélos en nous faisant presque tomber. « J’y vais. » dit-il d’une voix sûre, inflexible, sans faille. Nous restons abasourdis. L’homme, après deux ascensions assez difficiles, ne semble pas atteint par la fatigue. Après un regard vers la montée qui se dessine devant nous, il pouffe de rire, descend de son vélo, puis passe d’un coup sec le grand plateau à la main, cassant deux dents de pignons au passage. Il enclenche le pied gauche, et nous lance : « Quand vous voulez. »

     

                   Trois mots, qui suffisent à nous glacer le sang. Manu sait être le meilleur. Nous le savons aussi. Et Manu sait que nous le savons. Nous sommes pris dans un duel psychologique qu’il domine de la tête et des épaules. Timidement, Adri et Pascal s’élancent dans la montée. Puis vient SON tour. Au premier coup de pédale, le bitume s’arrache du sol et gicle vers l’arrière, manquant de justesse d’envoyer Martial à l’hôpital pour brulure au 4ème degré. Puis plus rien. Manu était déjà hors de vue. Les trois cyclistes restants, dont moi-même, partons, résignés, sachant que tout effort pour ne serait-ce que maintenir l’écart serait vain. Quand je pars pour la dernière difficulté de la journée, je sens mes jambes lourdes. Elles me font mal. Je ne sais même pas si je vais pouvoir tenir au seuil pendant... Diable ! Je n’ai parcouru que 140 mètres ! Cette constatation ne fait que renforcer la pénibilité de la chose. Mais quelque chose vient troubler mes songes. Une masse, difforme, avance dans le bas-côté. Je m’approche d’elle et constate avec stupeur qu’il s’agit de Manu. Je n’en reviens pas. Ses genoux sont en sang, car cloués au sol pour avancer. Son vélo lui est attaché sur le dos en bandoulière avec des bouts de maillot Polti déchirés et cousus entre eux. Ses lèvres sont desséchées et sa peau d’un blanc livide. De ses mains pourries par la terre, il agrippe les mottes d’herbe pour se hisser. Dans un arbre, à quelques mètres au dessus de lui, guette un vautour, patient. Ne sachant que penser, je décide de ne pas interrompre ma progression. Manu est un roublard. Je le sais capable des pires tactiques pour en venir à bout de nous. C’est un sportif dur dans l’affrontement, mais j’ai le léger avantage de le savoir. Ce qui me permet tout au plus de me faire à l’idée qu’il me doublera à la vitesse de l’éclair très prochainement. Je désespère... Toute compétition contre lui est vaine. J’avance, je m’approche du sommet, mais à quoi bon. Je sais ce qui m’attend. Je serais toujours le second. L’homme qui se tient dans l’ombre de Manu...  Je ne me retourne toujours pas, mais j’ai l’impression d’entendre constamment un vélo qui me rattrape. A quoi bon se torturer l’esprit pour une évidence...

     

     

     

                   Le soleil disparait à l’horizon, derrière le mont des Grands Ducs. Je repose le fascicule de 186 pages sur le panoramique du Col du Pas de Peyrol, fier d’avoir pu apprendre tout son contenu en si peu de temps. Désormais, tout est noir autour de moi, au sommet du col. Je ne me suis pas encore allongé pour autant. Je sais que je ne pourrais pas m’endormir avec les ronflements d’Adrien, durant maintenant depuis plus de deux heures. Mais ce bruit disgracieux est en réalité couvert depuis quelques temps par les coups de marteau que J-C assène sans relâche. Je lève la tête. La maisonnette à deux étages qu’il est en train d’achever aura fière allure. Les pierres qu’il a choisies pour la structure de l’ensemble s’inscrivent parfaitement dans ce décor rendu aride par une neige encore récente. Une odeur spéciale passe sous mon nez. Je tourne la tête en direction de notre table, recouverte par les plats préparés par Martial : Filets de cabillaud aux morilles, Langouste mi-cuite, Morue fumée à la bolivienne... Tout cela me fait saliver. Mais je préfère attendre que Pascal soit revenu pour passer à table. Je l’ai perdu de vue au moment où il passait la crête des Airennes, tout là-bas, alors qu’il chassait un cerf. Nul ne doute qu’il l’a attrapé depuis le temps. Et effectivement, Pascal apparait au moment même où je formule cette conclusion dans ma tête. Il amène directement la viande prêt du feu et commence à la découper. C’est alors que mon regard est attiré par une lueur, au loin. J’ai du mal à distinguer de quoi il s’agit, la nuit étant maintenant bien installée. Je réveille Adri pour qu’il m’aide à deviner la provenance de cette lumière. Selon lui, elle avance vers nous. Bizarre. C’est Pascal qui, après quelques minutes, devine : « Ah mais c’est sûrement Manu ! ». Tout les cinq, nous arrêtons nos tâches respectives et courront rejoindre la pancarte du col. C’est effectivement Manu ! Nous distinguons à présent son faciès à peine déformé par l’effort. Impressionnant. « Plus que 15 bornes pour rejoindre le gîte les gars, faites un effort. » nous lâche-t-il sans interrompre son pédalage. Ni une ni deux, nous enfourchons nos vélos et entamons une descente entrecoupée de passages enneigés reflétant une douce lumière lunaire. Et c’est en contemplant ces reflets que je prends conscience. De ce que j’ai vécu aujourd’hui, de la chance que j’ai eue de pouvoir partager un moment sportif aussi intense. Cette journée, qui restera à jamais gravée dans ma mémoire, m’a montré ce que veut dire le « Haut Niveau ». Je n’avais jamais pris conscience de ce que cela représente sur le plan humain. Manu est un Athlète avec un grand « A ». Chacun devrait s’inspirer de sa façon de faire et d’être pour espérer un jour atteindre une performance digne de ce nom. Là, Manu roule devant moi. Mon regard ne peut se détacher de lui. J’ai sous les yeux un champion, un vrai.

     

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  • Commentaires

    1
    Samedi 18 Avril 2015 à 11:49

    Waouuuuuuuuuuh ! Là, ça devient de plus en plus consistant...

    Une chose est sûre : si un jour tu cherches une quelconque reconversion ou complément d'activité (à quel que but que ce soit), tu as tout ce qu'il faut pour te lancer dans "l'écriture"...

    A plus !

    2
    kombakdude
    Samedi 18 Avril 2015 à 13:51

    Avril et tu  envoies déjà du lourd Colin, mais à ce moment de la saison tu as l'honnêteté de reconnaître que Manu te domine encore psychologiquement, notamment en milieu hostile. On sent qu'Adrien cache un peu son jeu pour l'instant, mais quand il va déboucher ça fera très mal je pense. 

    3
    Samedi 18 Avril 2015 à 17:51

    Tout à fait d'accord avec toi !! :)

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