• Auvergne 2015 #2 - Breton n'est pas français 2

                   Suivant la même dynamique de cohérence et d’efficacité concernant les entrainements, nous décidons de partir rouler pour une durée indéterminée vers une direction approximative. Le bizutage de première soirée passé, le groupe est maintenant très solidaire et prêt à en découdre avec le massif central. Le midi, à table... Oui, à noter que je ne parle pas de la matinée. Encore une fois, nous avons opté pour une session de repos. Assez difficile d’ailleurs : 3 x (Baby-foot / 1’ de récup active). Le midi, donc, les cartes de la région nous renseignent sur un itinéraire probable. A peine fini de manger, nous préparons les vélos et partons.

     

     

    3-De la logique de stage de triathlon

      

     

                   Suivant la même dynamique de cohérence et d’efficacité concernant les entrainements, nous décidons de partir rouler pour une durée indéterminée vers une direction approximative. Le bizutage de première soirée passé, le groupe est maintenant très solidaire et prêt à en découdre avec le massif central. Le midi, à table... Oui, à noter que je ne parle pas de la matinée. Encore une fois, nous avons opté pour une session de repos. Assez difficile d’ailleurs : 3 x (Baby-foot / 1’ de récup active). Le midi, donc, les cartes de la région nous renseignent sur un itinéraire probable. A peine fini de manger, nous préparons les vélos et partons.

     

                   Cette journée commence dur pour moi. D’une part car je ne suis pas du matin et que donc commencer les entrainements à 14h10 me rend un peu irritable. Et d’autre part car je dois jouer sur deux fronts aujourd’hui : L’hypo, et l’Auvergne. L’hypo parce que je me méfie d’elle, et l’Auvergne parce que je me méfie d’elle.

     

                   Les dix premiers kilomètres sont assez routiniers. Manu attaque, Pascal et Martial discutent, Manu relance, je mange une compote, Manu sprint, Adrien enlève une veste, Manu s’échappe, J-C règle son compteur. Bref, la troupe pense rester dans cette ambiance sereine jusqu’en haut du premier col, le Col de l’Entremont. Commençant l’ascension, chacun trouve son rythme. Adri tente d’accrocher J-C mais se raisonne et reste un peu en retrait. De son côté, Martial préfère aborder tranquillement cette première difficulté. Pascal et moi choisissons d’appuyer un peu sur les pédales pour se mettre en jambe. Quand à Manu, on le distingue, là-bas, loin devant nous, se retournant fréquemment pour anticiper une contre-attaque qui ne viendra jamais.

     

                   4 km plus loin, je rattrape Manu. Alors que j’allais lui passer un peu d’eau, il descend 3 pignons et attaque. Je le rattrape de nouveau et le laisse finir la montée à son propre tempo. Je suis maintenant devant le groupe, à une allure qui me convient bien. Je bois souvent, et essaye de compter, au moins approximativement, les calories que j’ingurgite. Perdu dans mes calculs, je remarque tardivement un cycliste au loin. Perplexe, je regarde derrière moi : 5 cyclistes me suivent. Pas encore en hypo, j’arrive à conclure que j’ai affaire à un inconnu. Alors, je m’approche doucement et, sur le point d’entamer la discussion, l’homme se retourne vers moi. L’effroi m’empare. Je fais un écart, manque de rentrer dans une voiture qui me croise, puis finalement rattrape mon guidon en tremblant. Cette moustache, ce béret sous le casque, cet air supérieur... C’est... C’est... C’est un auvergnat... Faisant semblant de rien, je relance et pars, seul, devant. J’attends un peu avant de me retourner puis constate avec soulagement que je ne suis pas suivi.

     

    J’arrive au sommet du col et pose un pied à terre. Quelques minutes plus tard, les autres arrivent dans l’ordre : Martial, J-C non loin, Pascal ensuite. Ne manque plus qu’Adri et Manu. Mais ce sont 3 vélos qui surgissent du dernier virage. Et celui qui passe en premier le col n’est autre que l’Auvergnat. Pendant que tout le monde se rhabille pour la descente, j’observe notre ami local. Finalement, il n’a pas l’air très agressif. Tous ensemble, nous repartons.

     

    15km plus loin, nous attaquons un nouveau col qui nous mènera tout près du Puy Mary. Dans le groupe, Martial s’est dévoué pour parler au nouveau venu. Je n’entends cependant pas bien ce qu’ils disent : « Ouais pas de soucis, on passera ! », « Il faut ! C’est ce que je vous disais tout à l’heure à propos du fromage de brebis local ! », « Ah oui ! », se rappelle Martial, « La petite production de votre gendre, c’est ça ? », « Voilà ! » Dit l’auvergnat.

     

    Débouchant sur la route de l’ascension, un panneau « Col fermé » se dresse sur le bord. D’abord dubitatifs, nous nous regardons tous... avant d’éclater de rire et de continuer sur notre lancée. Mais notre compagnon régional ne semble pas aussi aventureux [pour une meilleure compréhension, je traduirai directement le dialecte local] : « He là ! Ca passe pas le col en ce moment ! Faudra faire demi-tour ! ». Un froid est jeté. Un silence interminable s’en suit. Cette fois-ci, c’est Pascal qui se précipite sur l’auvergnat, arrêté de justesse par Adri. Ne pouvant pas ignorer ce nouvel affront, je me tourne vers Manu : « Manu, vas f... », « Je sais ce que j’ai à faire » me répond-il immédiatement. Sur ce, Manu se met en danseuse, attaque, prend 20m d’avance et lève les bras en atteignant un panneau « Passage de vaches ». L’auvergnat comprend immédiatement le message : Breton n’est pas français. Manu a su faire parler l’identité régionale. Désemparé, l’homme se retire. La Bretagne a gagné.

     

     

     

                   « Rien à foutre, ça passe ! ». Les autres semblent m’avoir entendu. Jetant un dernier regard au loin, je perçois le col. Il m’a l’air d’être à 3km, mais il m’a surtout l’air d’être pas mal enneigé. Tant mieux ! Un col sans neige, c’est fade. Comme une manoeuvre militaire, nous enlevons nos chaussures et nos chaussettes, portons notre vélo à notre épaule et partons sur la neige glacée. « Ca me rappelle mon service ! 14km d’ascension de nuit dans les Alpes ! » Scande Martial. « Moi ça me rappelle mon séjour dans le Montana, 37km dans la poudreuse sans bottes ! » Clame Pascal. « Moi ça me fait penser à ma captivité en Sibérie en 84 ! » Lance Manu.

     

     

     

    [Les citations ci-dessus peuvent avoir été romancées pour les besoins aventuriers du texte]

     

     

     

                   Arrivés en haut, nous déplantons le panneau indicatif du col pour le remplacer par un drapeau breton. Sans tarder, nous amorçons la descente, laissant derrière nous les congères de glace marquées de nos pas. La descente est plutôt technique. Contourner les plaques de neige, esquiver les pierres qui coupent la route (véridique), sauter par dessus les nids de poule, tout ça demande de l’attention. Ayant voulu prendre quelques photos, j’avais laissé Martial et J-C prendre un peu d’avance. C’est pourquoi je suis surpris de les voir arrêtés au milieu de la route, dans un virage. Je m’approche, pensant à une crevaison ou à tout autre problème mécanique. Rien de tout ça. Martial est juste en train de papoter avec les agents d’entretien de la route. Au moment où j’arrive, lui et les autres échangent leurs numéros. L’un deux tape l’un d’eux dans le dos amicalement : « T’es le meilleur, Martial ! ». « C’est rien les gars ! Bon les autres arrivent ! Donc D42, c’est ça ? », « Tout à fait ! Faut pas que tu loupes la sortie dans le bourg, surtout ! » lui rappelle un autre. « T’inquiète Stéphane, avec le plan que tu m’as dessiné, je ne risque pas de me perdre ! » Lui répond Martial. Sur ce, Martial repose sa tasse de café et remonte sur son vélo : « Encore merci pour le kawa les gars ! On se fait une bouffe dans la semaine du coup ! Eric, passe le bonjour à ta soeur si tu vas à Montpellier ! Je lui enverrai une lettre de toute façon ! ». En me retournant, je vois les agents faire coucou à Martial, lui-même agitant la main à leur égard.

     

    La vallée qui suit est aussi calme que notre rythme. Entre deux attaques de Manu, nous parlons de la météo clémente, du relief particulier, de la flore bourgeonnante. Ce n’est qu’en attaquant un troisième col que les conversations s’interrompent. Celui-ci commence très dur. Une rampe interminable de 11% nous éloigne les uns des autres. Un peu contraint par la difficulté, nous montons tous au seuil. Le sommet de la montée est d’autant plus appréciable que l’effort a été important. Une fois tous réunis au sommet, nous faisons quelques photos avant de repartir dans la vallée. Martial nous informe que nous n’aurons plus de difficulté majeure pour la journée. Nous sommes bien contents de l’apprendre car ces premiers 45km ont laissé des traces. Ainsi, nous descendons sur quelques kilomètres pour enchainer sur deux ou trois montées assez souples.

     

    De mon côté, je poursuis mon combat contre la baisse de sucre. A Lampaul, je n’avais rien pour me ravitailler. Hypo. Hier, j’avais 2 bananes et du pain d’épice. Hypo. Aujourd’hui, j’ai 6 compotes, 6 barres de céréales et 35 dates. Bonne chance, l’hypo. Depuis le début, je gère mon hydratation et mon alimentation correctement. Du moins je le pense : Je ne suis pas très fatigué, je n’ai pas envie de dormir et je n’ai pas faim ! Fier de moi, je porte mon bidon à ma bouche. Diantre ! Plus une goutte d’eau ! De même dans l’autre bidon ! « Stop !! Arrêtez-vous tous !! A l’aide !! Appelez quelqu’un, faites quelque chose !! ». Je n’ai pas tellement envie de faire 2 hypos (ou 2 déshydratations) en 2 jours ! Heureusement, nous arrivons dans un petit village. J-C, Adri et moi partons en direction du cimetière, mais il n’y a pas de cimetière. Mince. Direction les vestiaires du stade de foot. Pas de vestiaires. Direction la mairie. Fermée. Une larme coule sur ma joue. Je commence à me faire à l’idée de finir la langue par terre la sortie (nous sommes à 40km du gîte). Mais là, j’entends Adri au loin : « Martial a trouvé de l’eau ». Sauvé ! Ni une ni deux, j’accours !

     

     Devant une maison, Martial est assis à une table de jardin et est entouré d’une mère ainsi que ses deux enfants. Au moment où j’arrive, je l’entends aider la petite fille à faire ses devoirs pour le lendemain. La mère, elle, finit de lui raconter le mariage de son cousin. Une fois les devoirs finis, Martial redonne son ballon de rugby au garçon, après l’avoir regonflé. En se levant de table, il s’adresse à la dame : « Mmmh... Vous voyez : en ajoutant une pointe de curry, c’est tout de suite meilleur ». Et la dame en finissant sa bouchée : « Ca alors ! Je suivrais votre recette désormais ! ».

     

    Nos bidons remplis, Martial repose les outils et contemple la fenêtre de la salle à manger : « Voilà ! Ca devrait tenir comme ça ! ». S’en suivent les remerciements des deux côtés, tandis que le petit garçon pleure dans les bras de Martial lui disant au revoir. Nous repartons en direction de Riom, chargés en eau.

     

    Persuadés d’être à 10km de la fin, J-C et moi attaquons fort l’ascension qui se présente devant nous. Dans un bon jour, Adri nous tient. Moi qui au début de la sortie n’arrêtait pas de lui dire de manger, le voilà maintenant plus en forme que moi dans les derniers kilomètres. Car je me sens de plus en plus faible. N’attendant pas la défaillance, je décide de manger une datte. Mais appréciant le goût, j’en gobe une deuxième. Cependant, j’ai encore un peu faim. Enervé, je veux porter un coup décisif à mon ennemi glycémique ! Alors je prends deux autres dates ! Pas encore rassasié, j’en reprends une !

     

    28min plus tard, j’ai mangé 30 dates, 2 barres de céréales et bu un bidon d’eau sans discontinuité. 28min à mâcher 1500 kcal. J’ai encore un peu faim mais... j’en ai marre de manger. Alors je range mon assiette et mes couverts puis autour de moi. Adri n’est plus là. Désormais, seul J-C est à côté de moi. 15km après avoir quitté Riom, nous voyons un panneau « Murat, 16km ». Bon, nous nous sommes trompés de 20 kilomètres, voilà quoi. Dans la dernière ascension, J-C et moi jouons un peu avec le capteur de puissance. « Haha, 300 watts, regarde ! », « Enorme ! », « Aaaaah, t’aurais parié 230 watts toi ? », « Ah non, tiens ! Vas-y on accélère un peu pour voir ! ». Et ainsi de suite jusqu’au dernier sommet, à 6km du gîte. Nous avons une pensée pour les gars derrière. Nous pourrions les attendre mais je commence à avoir une douleur au genou et je ne veux pas le refroidir en les attendant. Mais nous savons bien que comme nous deux, les gars s’amusent. Car il fait chaud, on roule sur des belles routes, et on est en vacances...

     

     

     

    Au final, 104km de vélo pour 5h de sortie avec un grand soleil pendant tout. Malgré qu’une partie de mon attention ait été portée sur le sucre et tous ses dérivés, j’ai passé mon temps à rouler la tête tournée. Vers des paysages magnifiques, changeant des Pyrénées que je pensais imbattables en termes de beauté. Les montées ne comprenant pas de gros pourcentages, je me perdais dans ces monts assez ronds, bruns et reposants. Dans ces vallées perdues, verdoyantes, parsemées d’hameaux inspirant le calme et l’introspection. Dans cette ambiance qui n’encourage qu’à faire ça : Des ballades, et surement pas du sport, dans des lieux magnifiques que seul un vélo permet de visiter en une journée. Dans cette atmosphère qui n’encourage qu’à passer de vallée en vallée, avec des amis qui profitent autant que vous du paysage. Dans ces moments où, sans que l’on sache pourquoi, on a un sourire aux lèvres en permanence. Dans ces moments où on se fout de tout ce qui va suivre, parce qu’il n’y a rien d’autre à faire que de tourner les jambes en regardant la montagne. Dans ces moments où on a pas envie de faire des analyses et des compte-rendus, parce qu’on qu’une seule chose à faire : être heureux.

     

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  • Commentaires

    1
    Mercredi 15 Avril 2015 à 12:24

    Merci pour ce moment... ;-)

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