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    Nous sommes envahis d'articles de magazines papier ou internet sur la prépa mentale, ses techniques, ce qu'elle peut apporter, le fait que les champions utilisent la prépa mentale. MAIS :

    Personne ne sait ce qu'est le mental.

    Cherchez bien, allez vous faire une session google, vous ne trouverez aucune définition de ce qu'est le mental en sport. Enfin si, vous allez trouver toujours la même, bien que ce ne soit pas une définition :

     

    Le mental, c’est quoi ?

     

    Concrètement, on appelle « mental » un ensemble de caractéristiques permettant au sportif d’être « dedans ». Cela implique aussi bien la connaissance de soi avec ses points forts et ses points faibles, la concentration, la motivation ou encore le contrôle de ses émotions. Tous ces facteurs permettent de pouvoir créer une sorte de barrière entre lui et l’extérieur, lui permettant de filtrer les informations et de s’adapter à son environnement. Sans cela, il n’est pas possible de se donner à son maximum durant la compétition. C’est ainsi que l’on crée des sportifs doués mais éternels perdants car ne sachant pas gérer leurs émotions.

     

    -Ces définitions vous font comprendre que c'est dur et laborieux d'avoir un bon mental.

    -Ces définitions vous font comprendre qu'il faut aller chercher des techniques pas naturelles.

    -Ces définitions vous font comprendre qu'il y a des gens faibles pas capables d'être des champions et que donc vous êtes sûrement vous aussi quelqu'un de faible tant que vous ne faites pas de prépa mentale.

    -Ces définitions vous noient de notions vagues et génériques. C'est sensé être destiné au grand public mais personne ne comprend rien.

    -Ces définitions ne vous diront jamais ce qu'est le mental.

     

    Mais admettons. Du coup, c'est ça qu'on comprend :

     Le fameux "mental" en triathlon... C'est quoi le mental ?

    C'est à dire que vous avez un niveau de base, et que plus vous allez travailler sur votre mental, plus vous allez expérimenter les techniques de prépa mentale, plus vous allez devenir expert, meilleur vous serez. Et il ne tient qu'à vous de travailler, encore et toujours plus dur pour devenir le meilleur possible. En gros, tout est possible, il n'y a pas de limite, vous êtes le maitre de votre destin, c'est l'American Dream, c'est génial. Bien entendu, il faut tenir compte des capacités génétiques de base. Mais la différence entre deux personnes va se faire sur celui capable d'aller chercher plus de chose dans ce travail de mental. Et de même entre deux champions de même niveau, celui qui aura poussé un peu plus loin son mental sera le meilleur. Enfin, quelqu'un avec moins de capacités peut devenir meilleur que les autres en compensant avec un gros travail de mental.

    Si vous êtes d'accord avec le paragraphe précédent, si pour vous la prépa mentale c'est bien l'American Dream du sport (Pas de limite / Tout est possible / Ca dépend du travail fourni par chacun), je vous conseille avec une sincère gentillesse d'arrêter la lecture ici. Parce que vous n'allez pas être d'accord avec ce qui suit. Je n'ai absolument pas le souhait de vous donner tort et vous avez le droit de penser ce que vous voulez.

    Pour ceux qui sont encore là, petite anecdote : le paragraphe précédent est biologiquement faux. Aucune logique avec la nature du corps, du cerveau, avec la psychologie. Je dis que c'est une anecdote parce qu'en réalité on s'en fout de la vérité absolue scientifique. Si ce modèle vous parle, tant mieux.

    Mais j'ai un autre modèle à vous proposer :

     

    C'est quoi le mental ?

     

    Le fameux "mental" en triathlon... C'est quoi le mental ?

    Ah ah ! Déjà, y'a une petite voiture, donc ça vous intrigue...

    Vous êtes cette voiture. Sur un triathlon, admettons. Je sais y'a pas le droit d'être en voiture sur un triathlon mais bref. Deux choses vous animent : Un moteur qui vous pousse en avant, celui des aspirations, et un moteur qui vous freine, celui du mental. Quand je dis "pousse en avant", c'est réellement d'avancement dont je vous parle. Les aspirations vous font aller vite, tandis que le mental vous fait réellement ralentir.

    Mais c'est quoi en réalité ces "moteurs" ? C'est ça :

    Le fameux "mental" en triathlon ? C'est quoi le mental ?

    Là vous n'êtes plus une voiture, vous êtes un bonhomme noir avec une tête énorme. Parce que vous avez plein de choses dedans. D'un côté vous avez les aspirations, de l'autre le mental. C'est totalement séparé.

    Que sont les aspirations et le mental ? C'est ça :

     

    Les aspirations

    -Ce que vous avez envie de faire : Vous avez envie de faire une course, une distance, vous avez envie de courir à telle allure, vous avez envie de faire tel ou tel défi. Les aspirations sont les choses concrètes et entières que vous avez en tête : "Je vais faire CA."

    -Ce que vous savez verbalement : Par exemple : "Je sais que je peux courir à environ 16kmh pendant environ 25min quand je suis en forme." ou "Je sais qu'il faut que je boive toutes les 10min en course pour être bien." ou "Je sais qu'il faut partir à fond sur un tri pour ne pas se faire couler." Les aspirations sont les choses concrètes et pratiques que vous savez et qui vous permette de mettre en pratique vos envies.

     

    En résumé, les aspirations sont :

    "J'ai envie de faire ça." + "Je sais comment le faire."

     

    Le mental

    Le mental, c'est tout ce qui vous écarte de la performance. Et il y a deux choses qui vous écartent de la performance :

     

    1-Les dispersions

    C'est quand par exemple vous regardez le paysage en course, quand vous parlez à quelqu'un sur le bord, quand vous souriez pour une photo. De façon totalement objective, toutes ces actions hors-courses vous freinent. Vous ne vous occupez plus de votre performance pendant un temps, vous vous occupez d'autre chose. Et donc, votre attention et votre implication se divisent. Si vous courrez, vous êtes 100% occupé à courir. Mais si vous courrez + parlez à quelqu'un, vous êtes 50% occupé à courir, 50% occupé à parler.

    Pourquoi les dispersions sont problématiques ? Pour ce que je viens de dire : Moins vous êtes occupé à faire votre course, moins vous êtes performant. Logique.

     

    2-Les connaissance fausses :

    Comme tout le monde, vous vous passez des connaissances en boucle dans le cerveau quand vous faites du sport. Certaines sont conscientes, d'autres non.

    Du coup il faut définir ce qu'est une connaissance. Et là encore, c'est hyper simple : Une connaissance, c'est un savoir établi parce que vous l'avez répété 100 fois.

     

    Quelques exemples intellectuels :

    "J'ai répété 100 fois que 1+1=2. Je sais que 1+1 =2. Connaissance installée."

    "J'ai répété 100 fois que Paris est la capitale de la France. Je le sais. Connaissance installée."

    Quelques exemples corporels :

    "J'ai fait 100 fois du vélo, je sais faire du vélo. Connaissance installée."

    "J'ai posé 100 fois mon pied différemment au sol en courant. Je cours comme ça désormais. Connaissance installée."

    Quelques exemples inconscients :

    "Je me suis répété inconsciemment 100 fois que si je suis doublé en course c'est que je suis mauvais. Chaque fois qu'on me double, je pense être mauvais. Connaissance installée."

    "Je me suis répété inconsciemment 100 fois que si je mets la tête dans l'eau, je vais me noyer. Chaque fois que je vais dans l'eau, je pense que je vais me noyer. Connaissance installée."

     

    Pourquoi ces connaissances sont problématiques ? Parce qu'elles ne reposent sur rien du tout. Ce sont des constructions mentales faites au fil du temps, basées sur non pas sur des situations mais sur le jugement de situations vécues. Vous faire doubler n'a pas la fonction de vous rendre mauvais. Quand on vous double, il n'y a aucun atome de votre corps qui change. Rien ne vous rend mauvais de façon matérielle. C'est le jugement de vous dire : "Ah, on me double, DONC je suis mauvais" qui crée la connaissance fausse.

    En quoi ça "freine" d'avoir des connaissances fausses ? Ca veut dire quoi "freiner" dans ce modèle ? C'est très simple :

    Vous roulez à fond en course. Quelqu'un vous double. Vous vous dites : "Si on me double, c'est que je suis mauvais". Et comme vous ne voulez pas être mauvais, vous voulez accélérer pour le redoubler. Sauf que vous ne pouvez pas, puisque votre corps est déjà à fond. Donc vous n'accélérez pas. Mais votre connaissance est toujours là : "Si on me double, c'est que je suis mauvais". Donc vous vous dites qu'il faut accélérer quand même. Mais vous ne pouvez pas toujours pas accélérer. Donc vous n'accélérez pas. Et la pensée revient : "Il m'a doublé je suis mauvais". Donc je veux accélérer. Mais je peux toujours pas. Oui mais je suis mauvais. Oui mais je peux pas accélérer. Accélère je suis mauvais ! Non, je ne peux pas ! Si, accélère ! Non je peux pas ! Si ! Non ! Si ! Non !

    CLAC ! Bug ! 1ère source de freinage : Dans le cas présent, le cerveau ne peut pas accepter d'être mauvais, c'est trop douloureux. Donc il se produit l'inverse de ce qui était désiré par la connaissance fausse : Le cerveau va dire au corps de ralentir pour éviter de se retrouver dans la situation intenable où : Je suis à fond + je ne peux pas redoubler ce gars = Je suis face au fait que je suis mauvais. En ralentissant, le cerveau se rassure en se disant : "Je ne peux pas dire que je suis mauvais puisque je ne suis plus en train de faire la course !"

    2ème source de freinage :Le dialogue incessant entre la connaissance fausse (qui ne se fatiguera JAMAIS) et votre corps qui sait parfaitement ce qu'il est capable de faire. Ce dialogue interminable épuise le système nerveux de façon réelle, chimique. Trouble hormonal, le corps devient moins bon pour faire du sport.

    3ème source de freinage : Le dialogue, même s'il n'est pas conscient, gêne l'esprit. Il empêche d'être 100% occupé à faire du sport. Donc cela crée une dispersion de plus. Moins occupé à faire du sport = moins bon.

     

    Résumé du mental

    En gros, le mental c'est une addition de choses qui freinent :

    Connaissances fausses qui vous empêchent de faire ce que vous êtes capable de faire + Somme de ce que vous faites en course qui n'a pas de rapport avec le fait d'avancer vite.

     

    Du coup, c'est quoi la prépa mentale ?

     

    C'est hyper simple. Si on considère que vous avez tout ce qu'il faut pour faire du sport (aspirations), la prépa mentale va juste consister en un jeu :

    Enlever toutes les connaissances fausses de sa tête + Arrêter de se disperser.

    Oui, vous avez bien compris, le but en sport avec ce modèle c'est de ne plus avoir de mental du tout. Avec un mental chargé de connaissances fausses et si vous vous dispersez beaucoup en course, vous serez mauvais. Si vous n'avez aucune connaissance fausse en tête et si vous êtes 100% occupé à faire votre course du début à la fin, vous serez balèze. A votre niveau, certes, mais balèze quand même.

     

    Du coup, comment on fait de la prépa mentale ?

     

    1-Trouver les connaissances fausses

    Pour les connaissances fausses, il s'agit juste de les supprimer. Elles n'ont aucun sens. Elles se sont construites dans des situations où vous aviez peur et où vous n'avez pas eu la bonne explication au bon moment :

    "Si on me double c'est que je suis mauvais" : Ca ne repose sur aucune réalité. Le fait d'être doublé ne change rien à la performance qu'on est en train de faire.

    "Si je vais dans la mer, je vais me noyer" : Ca ne repose sur aucune réalité. C'est une chose qu'à force de se répéter, on a fini par croire... sans aller nager en mer. Je sais nager en piscine, les triathlètes qui savent nager en piscine comme moi ne se noient pas en mer. Je suis donc capable de nager en mer.

    "S'il me reste 20km à courir, je sais que ne vais pas y arriver" : Ca ne repose sur aucune réalité. On ne peut pas savoir tant qu'on a pas commencé à courir ces 20km.

     

    (Ok, des fois y'a des connaissances fausses HYPER tenaces... Le fait d'avoir peur en mer par exemple..)

     

    Comment on fait de façon concrète ? La prochaine fois que vous faites du sport, soyez hyper attentifs à ce qui se passe en vous. Si à un moment vous serrez le ventre, vous avez mal au crâne, vous serrez les dents, vous vous énervez, vous respirez n'importe comment, vous vous mettez à vous insulter, c'est qu'il viendra de se passer quelque chose. Repérez la situation dans laquelle ça s'est produit, et repérez la réaction que vous avez eu. En général, au moment même où vous aurez pris conscience que : "Quand je suis face à une côte en vélo je me contracte parce que j'ai peur de ne pas pouvoir la monter rapidement", vous vous rendrez compte que ça n'a aucun sens. L'étape d'après sera de monter une côte en ayant conscience que la peur n'a aucun sens. Et le jour où vous aurez monté 100 fois une côte en ayant conscience que ça sert à rien d'avoir peur, vous aurez remplacé la connaissance fausse par la connaissance de : "Quand je suis face à une côte, bah... Tout va bien."

    Et ainsi de suite. Plus on déconstruit de connaissances fausses, moins on a de mental, meilleur on est !

     

    2-Arrêter de se disperser

     

    C'est délicat. Il n'y a de façon réaliste que de mauvaises dispersions, du point de vue de la performance. Mais certaines dispersions peuvent être volontaires. Je vous donne mon exemple :

    Sur une course comme l'Alpe d'Huez, admettons que je mette 6h à faire la course. Voici comment je choisis de répartir mon temps : 5h48 à être 100% occupé à courir / 12min à être occupé à faire le con. C'est un choix conscient. Je pourrais être meilleur en étant 6h totalement occupé à faire ma course. Mais pour moi, parler aux gens sur le bord, sourire sur les photos, regarder la montagne, c'est important. Je tiens absolument à me réserver un temps de ma course pour faire ça. Parce que c'est MA définition du sport : 95% à être concentré, 5% à interagir avec les gens et regarder le paysage. Un autre triathlète va choisir d'être à 100% occupé à sa course. Tant mieux pour lui. Un autre triathlète va choisir d'être à 50% course / 50% dispersion. Tant mieux pour lui. Sur ce point, c'est à chacun de dire ce qu'il veut faire en sport. Que de la performance personnelle ? Que de l'interaction avec les spectateurs, les bénévoles, les photographes ? Un mix des deux ? C'est personnel. Et évolutif. Un jour on peut avoir envie d'être concentré, un autre jour on voudra faire différemment... C'est pas tant d'avoir choisi une position et d'être figé que de faire simplement ce qu'on a réellement envie sur chaque compétition.

    C'est sympa d'être clair sur ce point, non pas pour contrôler à tout prix ce que l'on fait, mais pour n'avoir aucun regret en fin de course : "Ah, en étant plus concentré j'aurais pu gagner une place... Ouais mais en même temps j'avais vraiment envie de m'arrêter pour dire une connerie à un pote. Donc pas de regret."

     

    Bon, de l'autre côté il y a quand même des dispersions inutiles : Par exemple, moi en course ça m'arrive de me mettre à siffler une chanson que j'aime bien. C'est parfaitement débile. Ca m'empêche de bien respirer, et en plus je suis concentré sur la mélodie que je suis en train de faire. Ca me rend moins performant et ça ne fait pas plus plaisir que ça. Donc les dispersions de ce genre, c'est comme les connaissances fausses : Il faut être attentif à ce qu'on fait, se dire : "Tiens ? Je fais n'importe quoi là. Je devrais arrêter." jusqu'au jour où on ne se disperse plus du tout ! Enfin, jusqu'au jour où on se disperse uniquement de la façon dont on a vraiment envie...

     

    Conclusion, même si je déteste mettre "conclusion" en conclusion... Enfin, bref.

     

    De base, on a tout ce qu'il faut pour être bon en sport.

    Le mental, c'est l'ensemble de ce qu'on pense et fait qui nous écarte de ce qu'on a vraiment envie de faire.

    La prépa mentale, c'est un jeu super sympa qui consiste à arrêter de penser et faire ce qui nous écarte de ce qu'on a vraiment envie de faire.

    Comment on fait ? On va nager / rouler / courir, et on s'observe soi-même avec beaucoup de bienveillance : "Ah tiens, c'est marrant j'avais jamais fait gaffe que je réagissais comme ça dans cette situation !"

    Pas besoin de coach, pas besoin de suivi ni de techniques particulières, ça ne dépend que de soi. C'est ça qui est cool.

     

    Bon... Après si vous tenez vraiment à faire de la PNL assis en slip sur un caillou en murmurant les yeux fermés : "Je suis aussi calme qu'un ruisseau coulant vers la torpitude de mes journées célestes...", libre à vous.

    Ciao.

     


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