•              Le problème des CR, c'est qu'ils manquent d'images. Alors pour changer, c'est parti pour un compte-rendu imagé.

    CR Tribreizh - 3ème

                 Le Tribreizh, c'est mon objectif de l'année. Pas dans le sens où j'ai envie d'y arriver super fort, que c'est ma course centrale de l'année. Plutôt dans le sens que c'est sur cette course que j'ai envie de tester et de valider le maximum de choses. Depuis 6 mois, j'organise mon entrainement autour de cette course. En gros, moi quand je définis un objectif, c'est surtout pour me donner une ligne de conduite... Je prends la course, j'imagine ce qu'il me faut comme capacités pour passer un bon moment sur cette course, et j'essaye de développer chacune de ces capacités dans le temps de la préparation. Dans ma tête c'est comme si j'allais en retraite dans la montagne pour m'initier auprès d'un vieux sage barbu assis dans une grotte :

    -Bonjour, je m’appelle Colin. Je suis venu vous rejoindre pour préparer le Tribreizh…

    -Ok mon petit pote (oui, le vieux sage m’appelle « mon petit pote »), tu vas devoir tester plusieurs choses pour te préparer.

    -Oui ? Quoi donc ?

    -Commence par arrêter de nager, ça sert à rien. Et en plus j’ai pas de piscine dans ma grotte.

    Bref, toute ma préparation est une répétition quotidienne de : « J’ai envie de faire CA au Tribreizh. Ok. Mais qu’est-ce que je vais pouvoir faire pour arriver à CA ? Qu’est-ce qu’il me manque actuellement ? Qu’est-ce qu’il faut que j’apprenne ? Etc, etc… » Ce qui fait que chaque entrainement et chaque compétition intermédiaire me servent à tester et valider des trucs. Au passage, c’est très plaisant. Et c’est très facile. Suffit d’être sympa et compréhensif avec soi-même. Et de pas trop se mettre la pression. De toute façon, quand on a envie de progresser, ça vient tout seul.

    Tout le début de saison se passe bien, le premier half à Lacanau se passe même très bien, et comme toujours le Tribreizh arrive mille fois plus vite que prévu. Arnaud Guilloux, que vous connaissez sûrement pour ses imitations de pigeons, et accessoirement pour toutes les courses qu'il a gagnées, vient chez moi pour faire une reco des parcours.

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    Et vient le moment où on se rend compte que la course, ben c'est dans pas longtemps ma bonne dame. La dernière semaine est un peu légère pour moi, je pars du principe qu'il faut arriver frais sur un half-Ironman, et comme le sport ça fatigue, du coup je fais pas de sport la dernière semaine. Seuls quelques petits footings sur les roc'h des Monts d'Arrée pour le plaisir.

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    Deux jours avant le départ, je peux à peu près dire comment je vais être sur la course : En natation, je suis vraiment au top. La piraterie n'a pas de limite. En vélo, je manque de fraicheur. L'entrainement a été bon mais je n'aurais pas de... de mordant. Et à pied je me sens super costaud (dans le sens musculaire du terme). En passant, c'est à la course à pied que j'ai le plus hâte, notamment dû au fait que c'est là que je suis le plus concentré en ce moment. Parce que j'y apprends beaucoup de choses...

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    J-1, normalement le jour du stress, mais je n'ai jamais été aussi peu stressé. Ce qui est déjà un gros plaisir. J'ai le fort sentiment de maitriser mon sujet. Je sais grosso modo ce que je vais faire et comment je vais le faire mais le plus important : Je sais ce que j'ai envie de faire demain. Et pour moi, être juste conscient de ce que je veux faire, ça me laisse très détendu.

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    Mais qu'ai-je envie de faire, justement ? Plusieurs choses, mais... Réparties en deux catégories. La première, ça concerne toutes les aspects pratiques, matériels de la course. J'ai par exemple modifié ma technique de nage il y a deux semaines (pour pouvoir nager plus vite en m'entrainant encore moins) donc j'aurais ça à tester. De même, faut que je confirme le mix Riz-St-Yorre sur un parcours vélo difficile (ceux qui ont lu le compte-rendu de Lacanau savent à peu près de quoi je parle). Et enfin il faut que je valide mon plan 1er Janvier - 1er Juillet sur la technique de course à pied. Voilà pour les choses facilement identifiables. Sinon, comme d'habitude, je ne compte pas prendre de montre ni de compteur pendant la course, parce que tout simplement j'ai rien prévu à propos de la vitesse dans aucun des trois sports. Le but c'est d'aller le plus vite possible, donc je vais aller le plus vite possible. Y'a pas grand chose à anticiper de ce côté là. Le sport, c'est un truc de la nature.

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    Mais il y a quelque chose de plus délicat à tester... Un truc très personnel. Non pas que c'est de l'ordre du privé, mais je pense que ça ne peut parler qu'à moi. Pour résumer, il s'agit de l'état d'esprit. De plus en plus, je me sers de ma vie sportive à la fois pour identifier des défauts que j'ai, mais aussi pour m'en occuper. C'est quelque chose de continu et d'imprévisible. Je mène ce "travail" en permanence, et je découvre tout le temps de nouveaux éléments sur lesquels travailler. Bon, même si vous ne voyez pas de quoi je parle, la suite du compte-rendu reviendra là-dessus.

    La veille, rien de très intéressant. Ce sont les triathlètes de Landerneau qui organisent la course donc évidemment, je viens pendant qu’ils sont occupés à tout installer, je ne les aide pas du tout, je les chambre, et en plus je leur taxe de la bouffe. Normal.

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    Ce qui nous emmène au lendemain matin, quand le réveil sonne à 7 fucking heures du matin. Rasage des jambes (le matin de la course, oui…), tondage de la barbe (là pour « tondage » je suis pas sûr du tout…), cuisson du riz et préparation des bidons.

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    Aller sur une course à 6km de chez soi, c’est vraiment génial. En plus il fait déjà beau, chaud, et dans deux heures je pars faire du sport. Trop cool. Bon, je vous fais pas un tableau du Lac du Drennec, des Monts d’Arrée, de l’île, je vais miser sur le fait que vous avez vu les petites vidéos de présentation que j’ai faites en Juin.

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    Prise de dossard tout ce qu’il y a de plus basique, numéro 21. 2+1 = 3, donc normalement je vais faire une bonne course. Oui, j’ai ce rituel de superstition depuis mes courses sur route de 1000m quand j’avais 7 ans. J’additionne les chiffres du dossard et plus c’est proche de 1, plus c’est une bonne course. Plus c’est proche de 9, moins c’est bon. Donc là, ça va. Ca m’est arrivé de ne pas prendre le départ d’une course parce que j’avais le dossard 9 une fois… Non je déconne.

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    La majorité des photos que je vais mettre ensuite ont été prises par Florence pendant la course. Une dédicace visuelle s'imposait.

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    Et puis ma foi, après avoir pris le dossard, c'est l'heure d'aller mettre le vélo dans le parc. Alors on y va, et c'est évidemment là qu'est le bon moment où on retrouve les potes, où on peut discuter plan de course, tactique, stratégie. J'ai notamment plaisir à retrouver Arnaud pour qui j'ai beaucoup de respect et que, dois-je l'avouer, j'ai un peu peur d'approcher en public.

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    Mais j'ai aussi la joie de discuter avec Thomas, avec qui il est fort possible que je fasse la course aujourd'hui. Un triathlète avec qui je cours depuis plusieurs années et que j'apprécie de retrouver à chaque course. Vous savez, en Bretagne on est quasiment sur une île, ce qui fait qu'on retrouve toujours les mêmes personnes tous les ans, sur tous les tris. Certains diraient que ça ne se renouvelle pas. Moi j'y vois là la chance de pouvoir construire un vrai vécu sur la durée avec des gars qui partagent la même passion que nous, comme Thomas justement.

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    Et puis j'ai plaisir à voir tous les autres, trop nombreux pour être cités. Bon, comme c'est Landerneau qui organise, je peux rajouter que j'ai fait l'effort d'aller parler à quelques uns de leur athlètes également.

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    En ce qui me concerne, mes affaires sont prêtes. Je pense avoir tout mis en place sur mon emplacement... Ah, petite folie personnelle, comme j'ai pas envie de mettre une trifonction, j'ai opté pour un maillot de vélo que j'adore parce qu'il évoque en moi beaucoup de bonne choses. Il s'agit du maillot Tourmalet avec l'altitude des cols des Hautes-Pyrénées dans le dos. D'un naturel pudique et discret, je le garde bien rangé dans mon casque, n'osant le montrer aux gens autour de moi.

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    Ca passe toujours hyper vite l'avant course dans le parc. Déjà, j'entends Gilou et Philippe nous appeler sur la plage à travers leur micro.

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    Alors nous nous dirigeons vers cette plage, et ensemble, nous écoutons le briefing proposé par l'organisateur, Steph.

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    Je crois bien que c'était émouvant car les gens ne se remettaient pas de son discours.

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    De mon côté, il fallait que je gère d'autres triathlètes de Landerneau souhaitant, je ne sais pourquoi, mettre du sable dans ma combinaison. Tout ça pour une vieille histoire qui remonte à 2015 où j'avais mis de l'herbe dans un bidon de vélo d'un gars et qui avait failli s'étouffer pendant une course. Rien de méchant quoi.

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    Nous sommes dans le dernier moment de calme. Athlètes, bénévoles, tout le monde est prêt, tout le monde attend avec impatience le début de cette journée ensoleillée.

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    La plage n'est pas très grande, aussi nous nous mettons tous rapidement sur la ligne de départ.

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    Moi, je suis sur l'extrémité gauche. A mes côtés, Thomas et Arnaud. Chacun trouve sa posture de concentration, se plonge dans sa bulle. Pour moi, cela consiste à regarder ce que j'ai devant moi de façon réaliste : Un lac qui n'a rien demandé à personne, de l'eau, un jardin, quatre murs, un soleil doré comme un citron mûr. (le premier qui donne la réf gagne mon respect)

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    PAN !

    J’ai toujours été très bon sur le temps de réaction, donc j’arrive à m’extirper des autres triathlètes sur les premières foulées. Connaissant le lac au centimètre près, je sais combien de pas il me faut dans l’eau pour aller le plus loin possible sans perdre de vitesse. Je m’exécute, puis plonge. Un petit coup d’œil à gauche et je vois que j’ai deux ou trois mètres d’avance sur le peloton. L’eau est chaude. Je commence à nager et d’entrée de jeu, j’arrive à trouver la technique que j’ai travaillé ces derniers temps. Et ça a l’air de bien marcher, je me sens super fluide et ça avance vite.

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    J'étais en tête jusque là, mais après 50-80m, Arnaud et Cédric s’échappent tous les deux. Sur le moment, je les laisse partir car ils sont trop rapides pour moi. A la place je préfère attendre un gars moins bon pour lui prendre les pieds. Technique habituelle de la chèvre aquatique, déjà présentée dans le compte-rendu de Lacanau. Il faut attraper les pieds d’un gars et les toucher jusqu’à la fin de la partie natation. Je regarde à gauche et à droite en rigolant, cherchant ma victime… Gnark gnark gnark… Ah ! Un nageur avec un bonnet de Rennes qui me double ! Et ben écoute mon gars, la cour te déclare condamné à une peine de grattage de pieds sans sursis pour une durée indéterminée ! Hop ! A peine parcouru 200m, je me place dans ses pieds et commence à me reposer. Grâce à lui, je n’ai plus à regarder devant. Je lui fais confiance sur l’orientation. Derrière nous, un trou commence à se former. Il y a donc les deux gars en tête, puis nous deux en chasse. Parfait.

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    Nous avançons à bon train, c’est sûr, mais en réalité quelque chose me chiffonne… Ce quelque chose, c'est que je suis plutôt à l’aise. J’arrive à tenir ma technique de nage, je respire bien, le cœur n’est pas très haut, et donc je me pose cette question : Est-ce que je reste ici, avec l’avantage d’économiser des forces ? Ou est-ce que je m’en vais pour raccourcir l’écart avec la tête de course ? Hum… Bon, je préfère attendre. Le rythme est quand même suffisant et si je pars, je vais me retrouver vraiment tout seul et puis je devrai m’orienter. Avec le soleil levant, ça serait très compliqué. Autant laisser cette tâche à quelqu’un d’autre que moi… (Et c’est là qu’en l’écrivant, je me rends compte que c’est une réflexion totalement non-altruiste en fait.)

    La première bouée arrive, nous virons tous les deux. Respirant à gauche, je me retrouve face au soleil à chaque fois que je sors la tête de l'eau. Génialissime. Et comme je n'ai pas à m'orienter, je continue.

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    Nous nous dirigeons maintenant vers la deuxième bouée. Hop, virage, et retour vers la plage. Arnaud et Cédric sont à 40-50 secondes, mais avec l’eau encore très lisse je peux facilement les voir. Voilà, voilà… Je nage, je me concentre sur ma technique, mais c’est pour l’instant une course d’attente. Je n’ai rien d'autre à faire que de suivre ma victime, et comme tout se passe bien, je n'ai même pas de trucs persos sur lesquels me concentrer. Si bien qu’à un moment j’hésite à boire la tasse exprès pour me mettre un peu de défi. Mouais. Ca commence à me frustrer. Mais bon, j’attends. C'est le choix le plus sensé. Rapidement, du moins je le trouve, ma main retrouve touche le sable, alors je me relève.

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    Ouais, mes deux bonnets commencent à se barrer. Faute à 18kg de cheveux bouclés anarchiques. Je cours sur le sable, je manque de tomber en buttant dans un trou, mais je retrouve finalement l'eau sans problème.

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    A ce moment-là, je sais que le deuxième tour promet d'être particulièrement monotone. Je compte rester derrière ma victime jusqu'au bout, soit les 1250m restants. Et comme je continue d'être à l'aise, j'aurai toujours aussi peu de choses à gérer. Du coup, pour m'occuper, je regarde Jérémy au loin sur son paddle, avec son chien. Ouais, il prend toujours son chien sur son paddle. Je sais pas pourquoi il fait ça.

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    Comme prévu, strictement rien de neuf. Première bouée, parfait. Deuxième bouée, farpait. Bon, clairement je peux dire maintenant que le Test 1- est validé : La nouvelle technique de natation est super. Mais au-delà de ça, mon ressenti global sur la course est moyen pour l'instant. Je suis un peu frustré de ne pas m'être donné à 100% sur la natation. Allez, d'un autre côté je sais que ça m'a permis de garder des forces pour la suite. Bref, on est sur le retour, bientôt la sortie d'eau !

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    Pas de changement devant, Arnaud et Cédric entrent tous les deux en même temps dans le parc.

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    Deux minutes plus tard, me voilà à mon tour en 4ème position. Entrée dans le parc à vélo. Voilà, à partir de ce moment-là, il faut que je vous parle d'un truc... Récemment, j'ai franchi un cap dans ma vie personnelle. J'ai eu un déclic en voyant un film où un gars arrivait dans une réunion d'alcooliques anonymes et osait dire devant tout le monde : "Je suis alcoolique." J'ai dit que ça avait été un déclic pour moi, mais ça a même été une révélation. J'ai compris. Moi aussi il fallait que j'assume. Alors oui, aujourd'hui, je suis enfin capable de l'admettre. Je le fais pour libérer ma conscience, mais aussi pour assumer ce que je suis, ce que j'ai toujours été : Je suis nul en transitions.

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    Tout comme le gars du film avait pu échanger avec un autre alcoolique qui deviendra par la suite son ami et confident, j'ai eu le bonheur de voir que je n'étais pas seul dans ce combat. Le rennais avec qui je suis entré dans le parc ressort en même temps que moi. Je compatis.

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    Lancé sur le vélo, je reprends tout ce que j'ai travaillé ces derniers mois. Je pédale bien d'entrée de jeu, je commence à boire et manger sans difficulté, en m'écoutant et en gérant tout ça de façon calme et raisonnable, et j'arrive même à réserver une part d'esprit pour profiter des routes que je fais en chrono depuis... Longtemps. Monts d'Arrée, quel pied. Ca fait un peu slogan nul mais voilà, c'est un coin très sympa.

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    Problème de taille pour ce compte-rendu : Pendant le premier tour de 40km, tout se passe bien au point que : Je n'ai rien à dire. Je pourrais vous décrire les lieux, l'enchainement des côtes et des descentes, mais ça serait plus un documentaire forestier qu'un récit de course. Alors je vais faire un condensé du premier tour, toujours sous forme visuelle.

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    En finissant le tour, je sens comme un léger engourdissement dans les jambes. Peu importe, je profite d'abord de repasser devant les spectateurs et le speaker avant de m'en inquiéter.

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    Procédons à l'identique pour le second tour...

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    Dans la côte de Saint-Herbot, la plus grande du parcours, je dois me faire à l'idée. Je suis en hypo. Pas besoin d'une longue réflexion, j'ai une base de donnée suffisamment volumineuse dans le vécu de l'hypo pour la reconnaitre sans aucun pourcentage d'erreur. Et là, ma première pensée est celle-ci : "Fais chier." Bon, s'agit maintenant de rallier l'arrivée sans plus de dégâts.

    Thomas me double, je l'encourage. Impossible de le suivre, et d'ailleurs je n'en ai pas envie. J'ai trop à m'occuper sur moi-même pour me soucier de la course. Je veille à continuer de manger, de boire, et puis je me rassure en me disant qu'il ne reste plus qu'une dizaine de bornes à parcourir...

    Bonhomme allant (énorme comme expression ça, lol...) je me rapproche du lac en conservant une forme de stabilité dans l'hypo, ce qui est déjà pas si mal. J'ai de plus en plus de fourmis dans les mains mais je reste lucide et encore capable de m'alimenter. Pendant ce temps-là, Arnaud entre dans le parc.

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    Derrière, Thomas suit. A son tour, il s'élance à pied avec sa foulée.... caractéristique...

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    Et puis c'est mon tour de descendre du vélo. Sur le moment, j'ai plus trop d'envie de rien. Mais je connais cette sensation. Je sais qu'il ne faut pas trop lui faire confiance. Alors je... prends mon temps pendant la transition. Si bien que Simon entre et sort du parc sans que j'ai pu m'en rendre compte, commençant le semi-marathon avant moi.

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    Vous avez déjà vu une partie d’échec sans minuteur à niveau international ? Moi non, mais je sais que ça fait. Et si vous voulez savoir ce que ça fait, venez voir une de mes transitions... Après un magnifique 188ème temps transition, je pars à mon tour. Mais aussitôt, une pensée me traverse : La course, elle va passer au second plan. J'en ai marre des hypos, alors même si je ne peux pas revenir sur ce que j'ai fait, je peux au moins m'occuper de finir la course dans un état convenable. Je choisis donc de m'occuper prioritairement de la remédiation de l'hypo plutôt que de la course en elle-même. Alors je m'arrête 20m après la sortie du parc pour déguster quelques Tuc et quelques bananes. Les gens autour de moi n'osent pas m'encourager, je sens leur regard et leur silence, et je les entends presque penser : "Ouh la vache il a pas l'air bien du tout..." Et puis forcément, au bout d'un moment, j'y vais, sans plus de motivation que ça...

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    Un peu désabusé par l'hypo, je prends une nouvelle décision : Je vais gérer la partie course à pied totalement au feeling. Alors je me mets à une vitesse qui correspond à mon envie. Ca va vite, sûrement trop pour tenir un semi entier en étant régulier, mais qu'importe. Au moins, même si je finis en marchant, j'aurais eu le plaisir de courir quelques kilomètres à une vitesse plaisante. Ouais, cette réflexion me plait. Et force est de reconnaitre que ça avance plutôt bien. Je rattrape Simon qui a dû quitter le ravitaillement une trentaine de secondes devant moi. Nous échangeons un petit mot, et je reste dans ses pieds, sans savoir vraiment quoi faire. Encore une fois, je ne me pose pas trop de questions, j'avance...

    Sauf que, quand arrive le rativo du 3ème kilomètre, je m'arrête 30-40 secondes sur place pour avoir le temps de bien manger et de bien boire, chose que Simon ne fait pas. Il me laisse en plan et de suite, je me dis que je ne le reverrai plus. J'avais un peu forcé l'allure pour rester dans ses pieds mais il va falloir calmer le jeu si je veux courir jusqu'au bout. Un dernier morceau de banane, et je repars. Voilà, je ne vois plus Simon, et comme il n'y a pas grand monde à se balader sur le tour du lac, je me retrouve seul... avec l"hypo. Bien qu'elle n'évolue pas trop, j'ai les jambes qui se raidissent progressivement. Soit. Je m'en fiche. Mon mot d'ordre est : feeling. Je n'ai pas du tout envie de forcer sur mon corps pour pouvoir dire que je suis un guerrier. Ca ne m'intéresse pas. Si mon corps me fait comprendre que je dois marcher, je marcherai. Après tout, c'est grâce à mon corps que je peux faire du triathlon, alors autant l'écouter quand il me dit quelque chose. Là, pour l'instant, il me dit : "Ok ça passe mais ça baisse doucement donc fait pas trop le con et arrête toi aux ravitos."

    Ca roule, corps.

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    Arnaud et Thomas doivent bien s'amuser devant. Je ne me préoccupe pas vraiment d'eux. D'une part parce qu'ils sont trop loin, mais aussi parce que... Je ne sais pas, mais je n'en ai pas trop envie, tout simplement. Je sais, j'ai l'air de tout gérer à l'arrache, de n'avoir de contrôle sur rien pendant ma course, mais... Mais bon c'est peut-être vrai en même temps. Peu après, je repasse sur le site de la course et commence mon second tour.

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    STOP ! Arrêt au ravito. Un petit check des jambes me révèle que je suis pire qu'au début du semi. J'ai toujours très peu de motivation, et en plus maintenant les jambes sont lourdes. Niveau technique, je cours bien, pour ça y'a aucun problème. D'ailleurs j'ai la grosse satisfaction de valider mon travail de foulée de ces 6 derniers mois. Mais pour le moment, j'ai faim. Alors je mange.

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    Antoine, qui vient de poser le vélo, me met une petite tape et commence à courir plutôt vite... Nikel ! Je vais me mettre derrière lui ! Comme ça j'aurais pas à réfléchir ! Je finis mon assiette de Tuc et je le rejoins.

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    Le deuxième tour est l'identique du premier, avec l'évolution logique d'un half-Ironman : Je commence à être cramé. Les pauses ravito me font du bien au moral sur le moment, parce que ça me sort de la course, mais c'est tout juste si elles conservent mon état glycémique. Bon, c'est mieux que rien. Dans la tête, c'est... bof... Je me laisse toujours guider par l'envie, mais ça n'est pas si agréable que ça. Je me dis que c'est sûrement dû à la fatigue et à l'hypo...

    Ravito de Commana, après 10 bornes de course à pied. Je n'ai même pas de jugement sur le fait que c'est la moitié, sur le temps que je pourrai mettre, sur ma vitesse... En même temps depuis le début de la course je n'ai pas pensé à un seul chiffre de quoi que ce soit. Bref, là en ce moment, je pense surtout à manger. Tuc, tuc, tuc, banane, banane, banane. C'est le même refrain à chaque fois que je m'arrête. Pendant un court instant je me demande si ça ferait pas une bonne chanson... Mouais, pourquoi pas. Mais bon, entre les refrains y'a des couplets (de course à pied). Et Antoine est là pour me le rappeler. Une autre petite tape qui me réveille, et on repart.

    De son côté, Arnaud entame son dernier tour sous les cris des hooligans finistériens.

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    Moi, bonhomme allant toujours, je suis vers la fin de mon deuxième tour, dans le dernier kilomètre avant de retrouver la plage. A un moment, en passant près d'un arbre que j'aime beaucoup, je commence un peu machinalement à prendre du recul sur ce que je suis en train de faire. La natation, super. Le vélo, bof mais je pense savoir pourquoi. Et depuis la deuxième transition, je cours pour courir, j'avance au feeling... C'est pas mal si on veut, mais non. Je cours... mais c'est neutre. Il n'y a aucun engagement. Il ne se passe rien. Et je trouve bête d'être là sans rien faire. Finir pour finir, quel est l'utilité ? Des half-Ironman, j'en ai fait plein, alors à quoi ça me sert tout ça ? Pour l'instant, à rien. Enfin j'ai appris plein de trucs tout au long de la journée, mais cette fin de course me laisse vraiment déçu... Oui, rester là à attendre que ça passe, à rester dans la fatalité de l'hypo, c'est juste dommage...

    Mais au moment où je me dis que c'est dommage, j'ai un déclic. Un vrai. Tout à coup, je me dis : "Mais pourquoi j'essaierais pas simplement de courir à fond, juste pour voir, sans aucun autre raisonnement ?" La vache, je suis tellement surpris que je ne sais pas comment réagir. Je reste derrière Antoine tout en réfléchissant... Pendant cinq minutes, j'ai comme un dialogue à deux personnages dans la tête :

    -Pourquoi t'essayes pas d'accélérer ? Ca peut être cool !

    -Ben... Je suis en hypo...

    -Et alors ! On s'en fiche !

    -Mais je vais être cramé si j'accélère..

    -Pff ! Est-ce que c'est vraiment grave ?

    -Ben...

    -Courir vite, c'est cool, non ?

    -Oui mais...

    -Pourquoi tu dis "mais" si c'est cool ? Cours vite, y'a rien à penser !

    -Je sais pas...

    -Pourquoi tu veux savoir quoi que ce soit ? Accélère, fais toi plaisir pour de vrai !

    -Ouais, c'est pas faux...

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    Quand je parlais d'état d'esprit au début du compte-rendu, c'est à ça que je faisais référence. Qu'est-ce que je veux en triathlon, depuis toujours ? Me faire plaisir ? Mais de façon pratique, qu'est-ce qui m'a toujours fait plaisir, depuis tout petit ? Aller à fond. Alors est-ce que la meilleure façon de me faire plaisir ce n'est pas encore de courir à fond ? La gestion de course, la régularité, avoir un bon mental, au fond qu'est-ce que ça veut dire ? Est-ce que ça m'intéresse ? Pas du tout, ça ne m'a jamais intéressé, alors autant l'assumer jusqu'au bout ! J'aime courir à fond, alors je vais courir à fond, parce que j'aime ça.

    Pendant que je réfléchis, on retrouve les spectateurs, puis le site de la course. On contourne le parc pour passer devant le ravito, marquant le début du dernier tour.

    Et là c'est bon. Tout se libère. J'avale deux cocas cul-sec, et puis je pars à fond. J'ai retrouvé une foulée plus bondissante, je suis plus droit, j'arrive à regarder devant, tout se met en place sans que j'ai besoin d'y penser. Bon, ça reste du "à fond" de half-Ironman, mais de me laisser libre à ce point me procure un sentiment bien plus plaisant que ce que je faisais sur les deux premiers tours. Là, je ne me laisse pas flotter selon mon envie en temps réel, je... je ne sais pas trop ce que je fais mais c'est différent ! Et c'est génial ! Je cours vite, c'est ce que je préfère faire, je n'ai pas besoin d'autre chose à penser ! à 6km de l'arrivée, quelqu'un sur le bord m'annonce à 1'45 de Simon. Je réalise seulement maintenant que je suis 4ème depuis le début du semi, que c'est quand même la place du con, que c'est le championnat de Bretagne bon Dieu ! Je cours, je relance à tous les virages, les gens doivent me prendre pour un fou parce que je cours sans pouvoir arrêter de me marrer. Tiens, j'ai une pensée pour Arnaud qui doit sûrement être en train de franchir la ligne d'arrivée !

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    Deux titres de Champion de Bretagne en un mois, qu'il est fort ce con !

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    Ravito de Commana, 3 kilomètres à parcourir, et on m'annonce : "Simon à 40 secondes !" Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai aussi retrouvé l'envie de faire la course pour la place. Deux cocas gobés, et je repars au taquet. Peut-être que j'ai simplement retrouvé de l'énergie en m'arrêtant à tous les ravitos, peut-être que c'est juste le fait de commencer le dernier tour, je ne sais pas, je n'ai pas le temps d'analyser tout ça, à vrai dire je n'ai jamais été aussi concentré sur une fin de course. Il faut courir à fond, je cours à fond. Et je commence à voir Simon ! Une trentaine de secondes, puis une vingtaine, puis je me retrouve dans ses pieds quand nous passons sur la passerelle assez étroite, à deux kilomètres de l'arrivée. J'ai toujours autant envie d'accélérer, alors en sortant de la passerelle, j'attaque et laisse Simon.

    CR Tribreizh - 3ème

    Je ne me retourne pas, car je m'occupe de ce que je suis en train de faire. Ca me fait presque rire. Je commence le dernier kilo comme si c'était une course sur piste. Je suis presque en sprint dans les descentes, et tout va bien ! L'hypo, peu importe qu'elle soit là ou pas ça n'a plus d'importance ! Je n'apprécie plus qu'une seule chose : Le fait de courir vite. L'arrivée se rapproche, je retrouve les bénévoles de Landerneau, les amis sur le bord, et je rigole car je sais que Gilou le speaker ne s'attend pas à me voir en troisième position. Je tourne au dernier virage, et là je suis trop content.

    Simon arrive un peu plus tard, et je m'en veux un peu. Parce qu'il y a un mois, sur le Championnat de Bretagne de Tri M à Trégastel, je lui avais fait presque exactement le même coup, et nous finissions là aussi 3 et 4ème...

    CR Tribreizh - 3ème

    Voilà, pour ma part c'est une grande réussite d'être sur le podium. Même si mon but premier n'est pas de gagner des courses ou de faire des bonnes places, monter sur un podium de Championnat de Bretagne a une saveur sportive que je ne retrouve dans rien d'autre. Question d'éducation régionale, sûrement.

    CR Tribreizh - 3ème

    Arnaud et Thomas ont fait chacun une super course, je suis très content de partager le podium avec eux. En 2015, c'était les mêmes gars pour le même Championnat. Vivement dans trois ans !

    CR Tribreizh - 3ème

    Le Tribreizh est déjà fini... Une bonne grosse averse ponctuera la journée. Journée riche en apprentissages pour ma part. Bon, faut quand même pas que j'oublie que j'ai encore tapé une hypo en vélo... Fichtre. Je crois que "hypo" c'est le mot que je dis le plus dans ma vie depuis que je fais du tri...

    Mais l'apprentissage principal ne concerne pas l'alimentation, ni la prépa physique, ni la gestion de course... En rentrant chez moi, dans ma voiture, je regarde les Monts d'Arrée. Et puis en me perdant dans mes pensées je songe à mes dernières semaines d'entrainement : Y'a pas longtemps, j'ai trouvé un mouton quelque part près de la chapelle de Braspart en faisant un footing. Il est marrant ce mouton parce qu'il ne reste jamais avec ces congénères. Il cherche tout le temps à être au contact d'un humain. C'est très amusant. Quelques fois, je cours avec lui en suivant la clôture de son champ. En fin de compte, je suis allé le voir presque tous les jours depuis trois semaines. Des fois pour courir, des fois pour rien du tout. Juste pour me poser à côté de lui en lisant un bouquin pendant que lui mangeait de l'herbe... C'était sympa, c'était tranquille... Probablement qu'il m'est arrivé de faire quelques débats avec lui sur des notions d'entrainement et de vie sportive. Il est plutôt de bon conseil comme mouton...

    Et en pensant à ce mouton, dans ma voiture, je viens de comprendre ce qui s'est passé à la fin du deuxième tour à pied. Et même durant tout le semi-marathon. En partant à pied, j'étais agacé, déçu d'être en hypo. Mais pour une fois, ben j'ai opté pour le laisser-aller. Je me suis accordé du temps pour moi. Pour manger, pour boire, sans me mettre de pression. J'ai passé le premier tour à courir à l'envie, et idem dans le deuxième tour. Quand je voulais courir vite je le faisais, quand je voulais ralentir je le faisais aussi. Je mangeais ce que j'avais besoin de manger...

    CR Tribreizh - 3ème

    Et finalement, je me demande si le déclic n'est pas exactement au moment où il devait arriver. J'ai passé 14km à être... cool, gentil. A être compréhensif envers moi-même. "T'es en hypo ? Ok, bah mange !", "T'as pas envie de courir vite ? Bah ralentis !", etc. Et ce qui s'est passé, peut-être, c'est qu'à force de m'écouter, ben je suis arrivé simplement à un point où j'étais assez en confiance pour me laisser faire ce que j'étais capable de faire. Le temps que j'ai passé arrêté à chaque ravito, le temps que j'ai passé assis dans le parc à me changer lentement, peut-être que c'est aussi ça qui m'a permis d'accélérer en fin de course. Au lieu de me contrôler, de chercher à puiser des ressources quelque part, je me suis accompagné en douceur. Et j'ai l'impression que ça a plutôt bien marché. Sur mes trois tours, j'ai couru en 29', puis 30', puis 27'30 pour le dernier. Trop drôle. Mais ce que je retiens surtout c'est que j'ai fini frais, et content d'être là. C'était très agréable à vivre. Au final, je suis plutôt fier de ce que j'ai fait... Je crois que c'est le principal, non ? Et puis c'est quand même sympa d'apprendre des trucs dans les chemins sur lesquels tu cours depuis que tu as 7 ans. Sur ce tour du lac, j'ai tout testé : Tous mes changements de techniques, toutes mes préparations depuis les 1000m sur piste en école d'athlé jusqu'aux half-Ironmans aujourd'hui. Comme quoi, y'a pas besoin d'aller au sommet de l'Everest pour progresser dans la vie. Peut-être même qu'on a déjà tout sous la main ? Et peut-être que le sport, c'est pas si compliqué que ça en réalité. Plus ça va, plus je pense qu'il y a rien de surhumain à trouver pour accomplir des trucs, mêmes difficiles. Les valeurs de combativité, de hargne, de détermination, de force, c'est un peu dur quand on y pense... Après, chacun trouve ses propres valeurs je suppose... En tout cas, grâce au Tribreizh, j'ai compris que la meilleure façon pour moi de mener un half-Ironman, et peut-être bien ma vie sportive tout entière, c'est de courir, de rouler, vite ou lent peu importe, mais le tout avec... douceur ?


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