• 3 ans en face de sport... sans parler de sport

    Petit article un peu annexe sur mes études de prof de sport...

     

    En ce moment, Je suis en plein dans mes examens de fin de licence. Normalement, les 8 ou 9 épreuves que je passe doivent me servir à être préparé pour une future carrière prof de sport.

    Mais à seulement 21 ans, je ne peux évidemment pas prétendre avoir des réponses sur un sujet aussi vaste que l’enseignement du sport. Je n’ai pas passé 30 ans devant des classes de collège, je n’ai même pas encore passé le concours !

    Non, au contraire. Je vais donner une seule question. Celle que j'ai eu dans la tête pendant mes trois années d’étude :

     

                Combien d’enfants ont hâte d’être au collège pour faire de l’EPS ? Combien d’adolescents ont le sourire en sortant d’EPS ? Combien de jeunes adultes font du sport tout seul et tous les jours parce que l’EPS leur en a donné le goût ? Et combien de parents disent à leurs enfants que l’EPS c’est bien ?

                Pour toutes ces questions, il n'y a pas besoin d'être un fin sociologue pour savoir que les chiffres sont très bas.

                   L’EPS n’est-elle pas sensée donner envie de faire du sport ? J’ai passé trois ans à étudier : les sciences de l’intervention, l’analyse de la motricité, la psychomotricité de l’enfant et de l’adolescent, la psychologie de l’enfant et de l’adolescent, la philosophie de l’éducation, l’histoire de l’éducation, l’histoire du sport, la sociologie de la jeunesse, la sociologie du sport, les techniques de chaque sport, la physiologie, l’anatomie, la biomécanique, etc.

    Mais je n’ai pas étudié le sport. Pendant trois ans, je n’ai pas eu de réponse à :

    C’est quoi le sport ? Pourquoi on fait du sport ? A quoi ça sert le sport ?

     

                On a la chance d’avoir une formation universitaire sur 5 ans pour apprendre à des gens comment enseigner le sp... l’EPS à des jeunes. 5 ans à se creuser la cervelle pour proposer des cours pensés, repensés, cohérent, réalistes.

                   Je crois avoir eu 2000 heures de cours en STAPS pour l’instant. J’ai aimé ce que j’ai appris. Mais j’aurais juste voulu que la 1ère heure de ces 2000 heures nous apprenne que le sport, bah c’est bien. Que le sport, ça permet de s’affirmer socialement. Que le sport, ça permet d’être en bonne santé mentale et physique. Que le sport, c'est une oasis dans la fourmilière sociale. Que le sport, c’est la seule matière où il n’y a pas besoin de mettre de mots sur ce que l’on fait. Enfin que le sport, c’est ce qui nous permet de bouger, de rire, de s’épanouir.

     

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  • Commentaires

    1
    Samedi 2 Mai 2015 à 18:10

    Oui... Et si on t'avait donné toutes les réponses dès cette première heure... T'aurais fait quoi des 1999èmes autres ?... De la flute... Pour devenir... Prof de musi... Euhhhh, non, de  PORHASE (Positionnement de l'Oreille en Recherche d'Harmonie Avec les Sons Émis) ?...

    Sans doute, oui...

    Allez, bonne suite pour tout !

    2
    Samedi 2 Mai 2015 à 19:06

    Excellent ton commentaire !! ^^

    3
    Ji Cé
    Dimanche 3 Mai 2015 à 09:11
    Très bon ! (comme toujours)
    Je fais suivre à tous mes copains "prof de ballon" comme on les appelle ! ;-)
    4
    Zuckerbreizh
    Lundi 11 Mai 2015 à 11:34

    Article vraiment sympa ;) Et je partage bien largement ta vision... J'ai l'impression de revenir des années en arrière, à mes 22-23ans, mes premiers pas comme prof de sport.

    J'avais pas cette maturité et me souviens de mes premières réflexions : "Comment, Tout le monde n'aime pas le sport ?" , "Être passionné, ça s'enseigne pas ?" Bref, une expérience riche, mais de courte durée ! Je fais partie de la grande génération des "Comme quoi STAPS mène à tout !"

    Bonne continuation ;)

    Z

     

    5
    Sylvanus
    Jeudi 21 Mai 2015 à 10:01

    Etant passé par STAPS, je me suis bien reconnu dans ton article, et je suis assez d'accord.

    Ceci dit, je pense (mais ça n'est que mon avis), que cette obsession du prof d'EPS tient plus du corporatisme. Comme tu le sais, les profs d'EPS ont eu différentes tutelles avant de se retrouver sous l'égide du MEN, et les différentes formations pour accéder à la fonction ont été assurées par les CREPS, les IREPS, et tout un tas d'autres organismes avant d'être prises en charge par l'EN. Et à l'heure actuelle le Ministère des sports (enfin, ministère de la ville, de la jeunesse et des sports pour être précis...) a encore un programme de formation pour ses cadres et délivre un diplôme de ... "professeur de sport"... C'est donc par corporatisme, et pour éviter l'amalgame avec les profs de sport du MS, que certains enseignants tiennent farouchement à l'appellation "Professeur d'EPS". Bien entendu, ce n'est pas la seule raison, il y en a d'autres (notamment le besoin de légitimité au sein de l'EN), mais ça peut être une explication...

    6
    Jeudi 21 Mai 2015 à 22:38

    Tout à fait d'accord sur cette notion de corporatisme un peu nécessaire (profs d'EPS mis et considérés à l'écart...)

    La chose que je "reproche" en réalité c'est que l'intellectualisation à outrance au sein de la maison EPS (je ne dis pas que l'intellectualisation est mauvaise, au contraire !) va dans le mauvais sens...

    Le système éducatif français adule ce bon vieux Descartes : l'Esprit, c'est ce qui définit l'humain, c'est ce qui fait sa force, c'est la plus belle chose qui soit. Et le corps c'est immonde, c'est sale, c'est le vice, le pêché, pouah, beurk ! Et donc on se retrouve avec un système  prônant uniquement l'esprit qui veut quand même intégrer une discipline qui ne s'occupe que du corps ! Partant de ce principe, ça peut expliquer le fait que l'EPS est la chose la plus incohérente qui existe, surtout au regard du nombre de cerveaux qui se soucie de son avenir...

    Les vrais questions (qui se posent déjà bien sûr) c'est plutôt : est-ce que le sport a quelque chose à faire à l'école ? Ou alors, sous quelle forme doit-il être ?

    Mais bon, je ne suis pas aussi radical que ça, il y a évidemment des tas de gens conscients de tout ça qui se creuse la cervelle avec des motivations saines..

    La seule chose que je leur reprocherai c'est qu'ils devraient se souvenir qu'au final, ça s'agira toujours de sport...

     

    PS : Merci de ton commentaire, j'apprécie énormément les gens qui se donnent la peine de donner leur avis dans mes petits débats ! :)

    7
    Sylvanus
    Samedi 23 Mai 2015 à 16:24

    Remarques très pertinentes, notamment sur la place du sport à l'école...! Question qui à mon avis va être relancée avec la nouvelle organisation dans les écoles primaires et les activités péri-scolaires.
    En tout cas, je suis d'accord avec toi sur l'intellectualisation à outrance qui fait perdre du sens à la discipline... A trop vouloir "mettre en forme" la légitimité scolaire de l'EPS, on en oublie "le fond"... le sport!
    D'ailleurs, le concours en est une belle illustration. Je caricature un peu moi aussi, mais le recrutement se fait sur des connaissances théoriques, et le sport est assez loin là aussi. Je ne sais pas si c'est l'intellectualisation de la profession qui a amené le concours à devenir ce qu'il est, ou si c'est le recrutement découlant de ce concours qui a amené la profession à cette intellectualisation...?!?
    Bon, je suis forcément un peu critique sur ce concours puisque moi-même je n'ai pas réussi à l'avoir (je ne mets pas en cause le concours, si ça se trouve je n'étais vraiment pas fait pour ce métier...). Je trouve juste dommage que la première grosse sélection se fasse sur des écrits privilégiant de bons élèves plus que de bons profs... Mais je comprends aussi que pour des problèmes de logistiques et de coûts, il est plus simple de faire une pré-sélection via des écrits, plutôt qu'en suivant des étudiants en situation pendant plusieurs mois...
    Bref, je n'ai pas la solution, et surtout ça n'est que mon avis d'ancien STAPS qui a raté le concours, mais je pense que ce concours est symptomatique de ce que tu décris dans ton article, on oublie le sport...!
    Et pour pousser un peu plus loin, on oublie le sport en fac de sport, car on oublie également que STAPS ne mène PAS SEULEMENT à être prof d'EPS...
    Il y a d'autres débouchés, qui eux sont plus axés sport que EPS, et rien que pour ça, la filière STAPS devrait ne pas oublier le sport!
    En tout cas, comme tu le vois, c'est un sujet qui me tient à cœur... ;)

    P.S. : Pas de quoi, c'était un plaisir de lire ton article, et donc d'y répondre. En tout cas, tu écris très bien, tes articles sont agréables à lire et ça devrait te servir pour les écrits du CAPEPS, je te souhaite beaucoup de réussite sur ce plan.

    8
    Charles-Yves
    Dimanche 24 Mai 2015 à 14:10

    Colin, tes remarques m'interpellent. Je suis , en effet, responsable de la licence Staps sur le campus de saint-Brieuc, et triathléte "très amateur" au club de Dinan.  

    Je crois que tu confonds plusieurs choses notamment le sport et l'activité physique. La pratique sportive se définit comme une pratique motrice, codifiée et institutionnalisée (réf. P.Parlebas). De fait, elle induit le respect de régles bien précises dans un cadre de  compétition. Ce type de pratique est elle bonne pour la santé?...Pas sur, la réalité des choses nous raménent à des constats qui ne font pas obligatoirement plaisir. Par exemple, je signale souvent à mes étudiants le nombre important de blessés le lundi matin dû à des pratiques qui sont censées leur garantir une bonne santé.Il y aurait bien d'autres exemples plus graves montrant la perversité possible d'une pratique compétitive: tricherie( ex le drafting à Taden...), corruption, dopage, etc...Je mets sur un autre plan l'activité physique (basique, pour le fun): faire son footing, aller nager, faire une sortie vélos avec des potes,..bref se faire plaisir par la pratique sans aucune contrainte (tiens au fait , je crois que c'est ce que tu fais en ce moment si je te lis bien) Effectivement,  ici, chaque individu en tirera bénéfice sur le plan mental, physique et social. Pour autant, faut il supprimer la compet? Je ne pense pas car elle permet de se dépasser,   d'aller au plus profond de soi et donc de mieux se connaitre. Elle contribue également à l'évolution des techniques et de la technologie ( ex: prolongateur tri, aerodynamisme,...) Simplement, il faut avoir conscience des enjeux et être capable de prendre un peu de recul. A ce niveau, je crois que tu es exemplaire dans ta pratique ou tu ne cherches pas nécessairement à être le meilleur mais d'abord à prendre du plaisir (En tout cas, c'est ce que j'ai compris) L'activité physique oui, le sport oui,mais...

    Pour en revenir au Prof EPS/Prof de sport, l'explication est historique et statutaire. Ce sont deux intitulés signifiant deux appartenances différentes (MEN et MJS) sans nécessairement une hiérarchie entre les deux. L'explication vient aussi de l'analyse des profs d'EPS sur le fait sportif et ses dérives.

    Voila ma petit contribution au débat qui pourrait nous prendre qques heures. Je ne me fais pas d'inquiétude sur ta capacité à obtenir le Capeps. Au regard de tes réflexions, tu montres de réelles capacités. Ton approche du Tri fait plaisir à voir et donne envie aux autres de pratiquer. C'est plus qu'une victoire en course. Tu me fais penser parfois à Killian Jornet (je pense que tu connais).

    Bon RDV à Trégastel...je serais loin derriére mais c'est pas grave car en rentrant, je suis sur que j'aurais passer une bonne journée avec les potes du club dans un endroit magnifique.

     

    9
    Dimanche 24 Mai 2015 à 15:03

    @Sylvanus : Je suis d'accord avec tout ce que tu as dit ! En particulier quand tu fais la distinction : bon prof / bon élève...

     

    @Charles-Yves : Déjà, merci d'alimenter le débat et d'apporter un nouveau point de vue !

    Ton commentaire est extrêmement intéressant... Tellement que je voudrais te demander : m'autorises-tu à réutiliser tes propos pour faire un nouvel article ? Ce ne serait pas du tout pour faire du : Je te cite / puis je dis en quoi je ne suis pas d'accord... Pas du tout ! En fait, tu m'as éveillé sur la différence sport / activité physique et c'est sur ce sujet que j'aimerais faire un autre article.

     

    Sinon, pour te répondre rapidement : c'est justement le point que je soulignais (peut-être pas clairement) dans mon article : Nous (= étudiants de STAPS) ne connaissons absolument pas la différence entre activité physique et sport. Les définitions, on les a apprises par coeur. Mais je constate qu'en réalité on ne sait pas ce qu'impliquent l'une et l'autre. Ce que j'essaye de faire avec cet article, c'est de sortir la tête de l'eau, d'avoir une vue d'ensemble générale ET simpliste (par soucis de cohérence) pour me dire : Pour enseigner les APSA, pas besoin de savoir ce que sont les APSA. Je caricature, mais je serais curieux de proposer un questionnaire à des L3 avec ces questions:

    -Qu'est-ce que le sport ?

    -A quoi sert le sport ?

    -Quelle différence y'a-t-il entre sport et activité physique ?

    -Pourquoi y'a-t-il du sport à l'école ?

    -Pourquoi y'a-t-il ce sport à l'école ?

     

    Et pour ce questionnaire, il faudrait donner une consigne : interdiction de mettre des définitions référencées et de parler de déterminants historiques.

    Car c'est aussi une des choses qui m'interpellent en STAPS : Il est beaucoup plus facile d'obtenir de meilleures notes en récitant des livres qu'en étant cultivé et lucide...

    De ce que je comprends : on part du principe qu'un historien du sport timide et sans autorité est plus à même d'éduquer des enfants qu'un animateur dynamique qui passe tous ses étés avec des gamins. Pourquoi ? Est-ce qu'on ne devrait pas, comme je le disais au-dessus, sortir un peu la tête de l'eau ?..

    10
    Charles-Yves
    Dimanche 24 Mai 2015 à 16:56

    Merci pour ta réponse rapide. Ma satisfaction est de t'avoir éveillé sur un point. Tu peux donc réutiliser sans souci ce que je t'ai dit. Il m'arrive souvent de dire aux étudiants, par ex "d'arréter de copier un cours sans y réfléchir" Le plus important est de comprendre les choses en se posant des questions. Dans ta démarche, je conseille toujours de bien cerner le cadre : de quoi parle t-on? ex: le sport, c'est quoi en fait? Puis aprés, on discute objectivement et on peut parfois arriver à des conclusions qui gênent ou à des nuances: ex, le sport n'est pas nécessairement éducatif. Au regard de la définition du sport que je t'ai donné, on peut même dire que tu n'es pas sportif. Toi, ce que tu aimes, c'est l'activité,l'effort et le bien-être qu'il te procure. Tu n'aimes pas la compet. Tu aimes ce que tu faisais à 6 ans (l'activité physique) et plus ce que tu fais à 21 ans (le sport).

    Tu as l'avantage de faire l'effort de vouloir comprendre, de prendre un peu de hauteur. Je t'encourage à poursuivre...

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